discussion « Puisqu’il faut des hommes -Joseph » Pelaez et Pinel, Grand Angle, 2020


 

Avec ce premier opus, Philippe Pelaez nous propose un voyage dans un temps pas si lointain.

Le récit s’ouvre en effet sur cette France de 1961, dans un village où les paysans comme le père Fournier sont confrontés à la politique de remembrement, tandis que la guerre d’Algérie, « cette bête hideuse » qui ne veut pas dire son nom, s’enlise.

Son fils Joseph rentre au pays, sans que cela semble le combler le moins du monde. Seuls la mère et le chien Pitou semblent d’ailleurs heureux de le retrouver. Pour son père il reste le rire au flanc qui n’aime pas suffisamment la terre pour lui consacrer sa vie. Pour son frère Jules, qui a vu sa vie et sa carrière de cycliste brisées par un accident, il est le planqué sans lequel il ne serait rien arrivé. Et lorsqu’il déambule dans le village il n’est que le lâche qui n’a connu les combats que depuis son bureau.

« Bordel Louise, il était pas à la guerre ! Il a passé 28 mois le cul vissé sur une chaise à l’état-major, c’est pas la guerre, ça ! »

Tous parlent, commentent, tandis que celui qui s’est porté volontaire pour épargner son frère, se remémore la guerre et ses barbaries et se torture sur l’abandon de Mathilde. Les souvenirs se mêlent au présent, l’humanité à la violence, et la vérité se fond dans les mensonges et les non-dits. La guerre change tout, génère des haines, des rivalités et des trahisons. Les hommes s’affrontent tout autant dans le désert algérien que dans les campagnes françaises. La paternité, la fraternité, l’amour même, sont mis à mal, sans doute parce que les hommes, qui peuvent être des héros, sont aussi prompts aux coups bas et aux mesquineries les plus viles.

Le scénario, qui tisse plusieurs fils d’intrigue, est alerte et porte un regard original sur cette guerre. Loin d’une approche politique ou militaire, il traite la question sous l’angle de l’humain, un humain pris dans ses contradictions, entre fascination et répulsion. On pense également à Camus, lorsqu’il s’interroge sur ce qui est juste.

Le dessin de Victor L.Pinel, somme toute assez classique, joue avec les couleurs et les cadrages pour distinguer le présent et les effets de mémoire, tout comme le vrai des non-dits et des mensonges.

Le tout donne un album qui mérite la découverte.

Lecture effectuée dans le cadre de la

 

hébergée cette semaine chez Noukette

 

 

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