discussion « Lectures frivoles », Jean Frenzy et Phil Entrope, Tabou, 2015


Le premier mardi du mois c’est permis ! Voilà bien longtemps que je n’ai pas participé aux rendez-vous coquins de Stéphie, du blog Mille et une frasques. Je renoue aujourd’hui avec une BD de Jean Frenzy et Phil Entrope, « Lectures frivoles », publiée chez Tabou en 2015.

 

 

Le scénario de Frenzy s’inscrit dans la lignée du Décameron de Boccace ou de l’Heptaméron de Marguerite de Navarre. Un soir d’automne 1786, le Maréchal de Trichelieu réunit ses mais dans son château. Cela n’a rien d’anodin si l’on considère que le maître des lieux, grand libertin devant l’Eternel malgré ses 92 printemps, s’est fait grâce à son penchant pour la débauche, les aventures amoureuses et quelques beaux duels. Pourvoyeur de plaisirs à la cour il cultive aussi l’art de faire parler ses convives et de pimenter leurs soirées.  Tous vont en effet rivaliser d’inventivité et de grivoiserie dans des récits émoustillants. Ils parviendront même à pervertir le curé censé donner l’extrême onction à un Maréchal soudainement revigoré par ses hôtes. Frenzy renoue ainsi avec ce ton libertin si caractéristique du XVIII° dans des dialogues vifs dignes de Diderot ou de certains contes de Voltaire.

«  Il y a presque autant de lieues entre ici et Paris que de boutons sur le vit d’un curé vérolé. »

Des stratagèmes des plus vieux pour obtenir les faveurs sexuelles de Mme de Pompadour qui préfère pourtant les jeunes gens, aux mille et une façons d’exciter la jalousie de son époux et d’en tirer bénéfice, en passant par les mœurs clandestines du couvent, le lecteur navigue entre humour salace et ton-pince-sans-rire, découvrir au hasard des pages des maximes étonnantes.

« Jeune vit bien huilé, point ne vaut vieux vit expérimenté ».

On appréciera aussi le menu du Maréchal qui pousse l’art du libertinage jusque dans la composition des mets.

J’aime beaucoup cette structure des récits encadrés qui s’imposent comme autant de variations d’une même thématique. Quant au XVIII° , cette langue et ce ton, c’est juste un ravissement. Je suis plus mesurée concernant le dessin dont le trait est quelquefois trop caricatural. Les décors sont en ce sens plus réussis que les visages. Toutefois, Phil Entrope rend hommage aux corps. La représentation des plaisirs est grandement à la hauteur du texte.

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