« Une vie à écrire » de Félix et Liman, Edit° Grand Angle, 2013


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                                   Un gros coup de cœur!!!

Les dessins d’Ingrid Liman sont superbes et le scénario de Félix est intelligent, palpitant et machiavélique à souhait.

Le jeune Billy-Bob est un gars de la campagne qui travaille à la ferme avec ses parents, producteurs de citrons. Ces derniers sont loin de soupçonner que sous ses allures un peu rustres leur fils est doté d’une imagination plus que fertile et d’un certain sens de l’écriture. C’est aux vieilles sœurs Midells qu’il réserve la primeur des amours contrariées d’Arkel et Solenne avant leur parution dans le Littletown Post.

Risée des jeunes hommes du village et négligé par les filles, il aspire à sortir de cette vie et de l’anonymat. Non, il ne sera pas « Biglouche » toute son existence. Ecrire prend alors des allures de revanche. Mais « ici, c’est le Texas, pas Broadway »! « A Littletown, l’unique toise qui sert à mesurer la valeur d’un homme, c’est l’argent! ». Face à tant de mépris il se prend à rêver d’Hollywood. Avide de reconnaissance, ambitieux mais peut être un peu trop idéaliste, il espère rejoindre la cohorte des scénaristes talentueux qui alimentent les différents studios.

Le chemin sera pavé d’embûches en tout genre. Certaines, comme Scarlett peuvent finalement s’avérer tendres et appétissantes, d’autres seront des pilules plus amères. Hollywood c’est certes les paillettes, la gloire et l’argent mais c’est aussi un univers impitoyable: coucheries, mensonges, escroquerie, implication de la mafia, existences scénarisées…Pour les grands, les puissants de ce monde là comme Harry Sulpice, deux sortes d’individus frappent à leurs portes: ceux qui sont avides de reconnaissance et ceux qui sont mus par l’argent. Tout réside dans l’art d’en tirer un bon parti.

Les auteurs s’intéressent au milieu du cinéma et plus précisément au processus de starisation. Hollywood est l’unique endroit capable de transformer une pitoyable existence en un conte de fées, mais à quel prix?

« Ces suicides étaient la preuve que ces stars exerçaient désormais une fascination semblable à celle des dieux et que tout le système d’Hollywood reposait maintenant sur elle. » « Mais les stars sont rares » et puis « les étoiles s’éteignent vite »

Le national Pictures semble avoir tout compris « Mariage, divorce, coup du sort…Tout ce qui pimente la vie des stars du studio est entièrement inventé à l’avance par des scénaristes. » « Si mes stars durent c’est parce que je m’arrange pour que leur quotidien soit digne de Hugo ou de Dumas. » Des gens sont richement payés pour crédibiliser les vies inventées.

Billy se voit donc faire une offre: il aura tout ce qu’il veut s’il invente des destins aux stars capables de subjuguer les foules mais contrepartie « ton talent ne devra jamais être reconnu ». Le hic c’est que le public a un certain penchant pour le pathos.

Je n’en dirai pas plus pour ne pas trop déflorer cette intrigue qui se joue des mises en abymes et qui brouille brillamment les frontières entre fiction et réalité au point que même les personnages s’y perdent.

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