discussion « Monet, nomade de la lumière », Salva Rubio et Efa, Le Lombard, 2017


 

Collection Contrechamp consacrée à l’œuvre et à la biographie de ces hommes « qui ont vécu leur pensée et pensé leur vie ». L’idée est de s’intéresser à leur trajectoire, leur chemin de vie au-delà des lieux communs qui les entourent.

Évoquer Monet, c’est brosser le portrait d’un peintre indissociable du mouvement impressionniste qui remit en question nombre de codes picturaux séculaires pour privilégier les émotions, les sensations visuelles…

« Ce que je veux reproduire, c’est ce qu’il y a entre le motif et moi. »

Si l’œil de Monet fut donc fondamental dans l’histoire de l’impressionnisme, nous découvrons l’artiste vieillissant et angoissé, en 1923, au moment où le docteur Coutela doit l’opérer d’une double cataracte. Il faut dire qu’un tel patronyme est source de bien des angoisses et que la vue est essentielle au peintre.

De retour à Giverny, en compagnie de son ami Georges Clémenceau, il doit demeurer trois jours les yeux bandés, protégés d’une lumière qui lui fut pourtant chère.

Il se souvient alors de son cheminement…son enfance au Havre alors qu’il préfère le dessin et l’art de la caricature aux obligations scolaires et paternelles…

« Arrête de gribouiller »

Il se remémore aussi Eugène Boudin, son mentor normand, celui qui l’invitait à peindre en pleine nature et non en atelier, et qui fortifia sa vocation.

« Vous devez aller à Paris. Personne n’invente un art tout seul, dans un coin perdu de province. »

Le lecteur découvre ses années parisiennes, l’Académie Suisse, puis l’Académie Gleyre immortalisée par Balzac dans laquelle il partage la rébellion de Bazille, Renoir, Sisley ou Pissarro.

« Une grande ville enveloppée d’une lumière nouvelle m’attendait. »

Le scénario retrace ainsi une certaine vie de bohême, exaltée par le désir de refaire le monde et les règles de l’art, mais aussi le parcours difficile de ces novateurs confrontés aux systèmes des salons officiels où règnent népotisme et intrigues.

Mais si Monet nourrit l’ambition de réussir là où Manet avait échoué, et s’il est rapidement considéré comme l’homme fédérateur de ce nouveau courant, il est vite rattrapé par les soucis matériels, les rires et les moqueries des critiques et du public. En quête de lumière, de reflets et d’éclats qui lui permettraient de restituer des atmosphères, il connait bien des jours sombres et des échecs, à l’instar du fiasco de l’exposition indépendante.

L’artiste reste en effet un homme, soumis comme tout un chacun aux contingences matérielles et aux affres de l’amour, un sentiment qu’il porte tout autant à Camille qu’à Alice. Là aussi, Oscar Monet brave les codes et choque la morale bien-pensante.

 

Cet album fort documenté, qui se revendique bien roman graphique et non livre d’histoire, redonne donc vie à toute une époque et à toute une galerie de personnages sur fond de révolution artistique. Le scénario s’appuie sur un graphisme aussi précis que superbe. Efa prend en effet le parti de travailler certaines planches à partir de toiles de Monet ou d’autres artistes de l’époque. Peut-on rêver meilleur hommage que cet album miroir ?

 

Lecture effectuée dans le cadre de  hébergée cette semaine chez Noukette

 

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