discussion « Carnet du Pérou », Fabcaro, Six pieds sous terre, 2019


La couverture est si surprenante pour un album que j’aurais pu passer à côté. L’idée d’une réédition de ce Fabcaro me réjouissait, pourtant la quatrième de couverture aurait pu modérer mon élan. Il est en effet question d’un voyage autobiographique décidé suite à la rencontre d’une plasticienne péruvienne et d’un travail en rupture avec son humour décalé habituel.

« la description du parcours d’un homme profondément remué dans ses fondements et ses certitudes, à l’orée d’un revirement artistique salvateur… »

C’était oublier la nature facétieuse de l’auteur !

On ouvre l’album comme on atterrirait au Pérou aux côté de Fabcaro un jour de Juillet 2012. Le voilà surexcité malgré les 18 heures de vol …et immédiatement séduit. Quel bonheur que ce dépaysement, notamment olfactif ! L’absence de bordures et de tout cadre souligne son aisance et cet incroyable sentiment de liberté. On reconnait aussi la tendance au débordement du personnage…
L’auteur retrace alors son cheminement à travers les villes de Lima, jauja, Huancayo, Ayachucho, Cuzco, puis Machu Pichu qu’il regagne à bord du mythique train bleu. Il recourt pour ce faire au format du carnet de voyage, alimenté par les croquis au pinceau qu’il réalise aux terrasses des cafés, au hasard d’une rue, scènes de rue, de vie ou portraits des êtres qu’ils rencontrent.

Il envisage d’emblée une publication possible l’année de ses 40 ans et y voit un symbole, un tournant de son existence ….peut être…

« Je crois que j’ai passé l’âge de faire des livres d’humour »

Il décline son envie de sortir de son nombril, de s’ouvrir davantage aux autres, ce qui semble aisé dans ce pays quand on a le contact aussi facile que lui.

J’entends déjà la possible réserve des afficionados de Fabcaro. Qu’ils se rassurent, on ne se départ pas si facilement de son naturel ! L’artiste détourne les canons du genre et nous propose un carnet de voyage bien décalé. L’humour est rapidement au rendez-vous. S’il est forcément question d’infusions de feuilles de coca sur fond d’El Condor Pasa, de cevice et de pisco sour, on croise aussi des péruviens aux allures trop mexicaines, des feuilles d’aloé vera blasées et moqueuses, des lamas susceptibles, quelques photos qui rappellent la grande époque de Nous deux et quelques clins d’œil amusés à l’univers de la BD.
S’il immortalise des petits instants, quelques grands moments et nous conte ses émotions et émerveillements devant les petites banalités du quotidien, il parsème également l’album de digressions aux allures de strips désopilants. « Son humour générationnel hyper référencé » et son goût prononcé pour la dérision enchantent toujours autant le lecteur averti.

Le graphisme est particulier, mais plein de trouvailles comme le jeu des bordures qui disparaissent et réapparaissent selon que l’on se trouve en France ou au Pérou, ou les cases vides de dessins pour retracer des conversations téléphoniques.

Lecture effectuée dans le cadre de hébergée cette semaine chez Noukette 

36 commentaires

  1. C’est plus que décalé quand on sait que Fabcaro n’a jamais mis les pieds au Pérou…! Il est complètement fictif son carnet de voyage, j’adore tellement l’idée !

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  2. Je ne fais pas partie des fans de Fabcaro ! Je pense que je finirai par lui laisser une seconde chance quand même mais je ne sais pas avec quel titre.

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  3. Je n’ai encore jamais lu Fabcaro, je ne suis pas spécialement tentée. Mais celui-ci aurait peut-être plus de chance d’être emprunté qu’un autre…

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