discussion « Maria et Salazar », Robin Walter, Des Ronds dans l’O, 2017


Suite de mon petit tour au salon BD de St Denis en Val

Il se trouve que Robin Walter, que je ne connaissais pas, se tenait juste à côté de Didier Quella-Guyot… Son sourire et son aisance à communiquer ont fait le reste.
Son titre m’attirait et je trouvais la couverture assez chouette. D’une manière générale, j’aime assez les albums qui me permettent de voyager et de mêler l’utile à l’agréable.
C’est un cours d’un barbecue estival que nait l’idée de cet album, en grande partie autobiographique. La maison familiale sera bientôt vendue et les souvenirs émaillent grandement les conversations. Beaucoup le ramènent à Maria, la femme de ménage qui travaille depuis 30 ans pour ses parents et qui s’impose finalement comme le pilier de la famille et comme une amie. Maria c’est un parfum d’enfance, « un tas de souvenirs gastronomiques » qu’il partage avec le reste de la fratrie. Leur attachement est palpable et assez touchant.
Comme une preuve de ce lien, et comme un hommage à cette femme qui l’a vu grandir, il décide alors de retracer l’histoire du Portugal à travers son portrait et celui de Manuel, son époux. Originaires de Ramalheiro, ils ont fui leur pays et la misère à l’époque de Salazar, la plus longue dictature européenne de l’histoire moderne.
On sent l’enthousiasme de Maria et le plaisir que prend ce couple à raconter son histoire en feuilletant les albums photos. Ils se souviennent de leur jeunesse âpre, du curé du village qui appartenait à la PIDE, la police politique et les nombreux interdits mais aussi leur fierté d’être portugais. Vivent le fado, Fatima et le football ! Ils se remémorent le passeur, les voyages en train, les difficultés de l’immigration, la haine et la peur de l’autre, la stigmatisation, la radio pirate Valenton et les camionnettes des banques portugaises Et malgré la saudade qui a pu les tenir parfois, ils ne regrettent pas une minute leur choix de cette France. Leur sentiment d’appartenance est tel qu’ils envisagent difficilement leur retour.

« Celui qui revient au pays natal est la recherche du temps perdu. » Pessoa

Parallèlement à cette histoire dans l’Histoire, l’auteur évoque le processus de création de la BD, ses enquêtes et ses lectures dont le fameux « Pereira Pretend » d’Antonio Tabucchi. Sans se limiter au régime de l’Estado Novo, il nous entretient de la chute de cet empire colonial, profondément marqué par le catholicisme, qui a raté la marche de la modernisation au tournant des années 70.

Enfin, s’il s’intéresse aux 900 000 lusophones qui ont gagné la France entre 57 et 74, il aborde avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité la problématique de l’immigration dans sa globalité, soulignant combien elle a participé au développement économique, aux transformations sociales et culturelles et aux combats politiques de notre pays. Outre les phénomènes d’acculturation et de déculturation, il aborde la question de la transmission aux générations nouvelles. Si dans une famille, celui qui a migré est symbole de génération sacrifiée, il convient aussi de rappeler leurs racines à ceux qui sont nés dans cet ailleurs.

L’album n’échappe pas toujours à un certain didactisme qui se trouve compensé par une certaine authenticité dans le récit de ce lien qui unit les personnages et qui transparait dans le dessin. J’ai apprécié le trait des visages et la précision simple des décors, même si le graphisme est assez classique.

Lecture effectuée dans le cadre de hébergée cette semaine chez Stéphie.

26 commentaires

  1. c’est toujours sympa de découvrir des pans d’Histoire et de vies personnelles, même si tu me fais un peu peur avec le côté didactique mais les dessins sont sympa alors pourquoi pas!

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  2. L’histoire me tente, mais contrairement à toi la couverture (plutôt austère je trouve) ne m’attire pas du tout…

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