discussion « Le Discours », Fabcaro, Signe Gallimard, 2018


Totalement conquise par l’univers un tantinet absurde et déjanté de Fabcaro version bédéiste, je ne pouvais que me jeter sur ce dernier roman dont je me suis délectée.

C’est lors d’un diner de famille que nous découvrons Adrien, un quadragénaire aux tendances encore adolescentes. Il est là, bien malgré lui, par habitude… mais c’est un peu le drame de sa vie de mener toujours son existence comme malgré lui. Il a beau vouloir oser, cogiter, décider, se faire des films, il ne parvient jamais finalement à imposer ses vues, ses désirs.

Le diner aurait pu être ordinaire… ses relations avec sa sœur Sophie, marquées par la plus grande pudeur et la distance auraient limité les échanges…. Son futur beau-frère aurait multiplié les sujets de conversation, passant allégrement des avantages du chauffage au sol à la trophallaxie… ses rapports avec ses parents auraient « navigué mollement entre non-dits, consensus respectueux et acceptation polie ». Il se serait contenté de ce non-rapport animé de la volonté de ne jamais faire de vagues pour ne pas avoir à les surmonter.

 » J’ai 40 ans et j’achète des TIC tac pour cacher à mes parents que je fume, voilà où on en est »

Adrien, c’est en effet un peu celui qui s’excuse d’exister tandis qu’il porte, au fil de ces courts chapitres, un regard incisif, caustique sur tous ces détails qui font la vie, certains insignifiants, d’autres plus absurdes ou tragiques. Dans sa marginalité, on pourrait presque parler d’insularité de l’être, il suit les discussions tout en se demandant « à quoi ressemblaient les chagrins d’amour filaires à cadran circulaire » avant qu’on invente le portable ou si le chauffage au sol constitue vraiment un sujet de conversation, ou en s’interrogeant

 » Dans les repas de famille, par ma faute, nous avons toujours été un nombre impair à table. »

Mais ce repas-là, malgré le poids des habitudes et des redites, des rituels, risque de rester gravé davantage dans sa mémoire puisque Ludo, son futur beau-frère, tient à le charger du discours de leur mariage. L’idée lui semble particulièrement anxiogène, pire encore que celle des mariages en général et de leurs étapes presque obligées comme la chenille. Elle l’angoisse d’autant plus qu’il connait en cette soirée les affres de l’amour, d’une pause affective subie et qu’il est en proie à un questionnement métaphysique sur la ponctuation maladroite d’un SMS….

Un ton pince sans rire incroyablement désopilant embarque le lecteur dès les premières lignes pour ne plus le quitter. C’est drôle et triste à la fois mais terriblement bien observé !

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