discussion  » Droit du sol « , Charles Masson, Casterman écritures, 2008


Au menu BD de cette semaine un album qui relève du documentaire et du témoignage, signé de Charles Masson. Médecin ORL de son état, il a toujours dessiné et puisé son inspiration dans le quotidien et l’exercice de son métier. Il s’agit pour lui de dénoncer ainsi les injustices et les souffrances en exerçant cet art de la BD qui lui offre comme une respiration.
Pour ce roman graphique de 435 pages il part d’un fait divers tragique, le naufrage d’une barque chargée de clandestins Comoriens au large de Mayotte en novembre 2008. Comme il est chaque fois le cas, les candidats à l’exil, des Comoriens et quelques Malgaches, croient en la terre promise. Au bout d’une traversée hasardeuse, et ruineuse, ils atteindront assurément le paradis, l’ile de Mayotte, ou les fonds de l’Océan Indien. C’est ainsi plus de trente Kwassa-kwassa, chargés plus que de raison, qui prennent la mer tous les soirs et ballottent les espoirs au gré des flots. Les passeurs eux, profitent de cette crédulité, et des femmes.
Parallèlement, Danielle Besson, sage-femme, vient de quitter la métropole pour travailler à Mayotte, dans un dispensaire. Ravie de changer de vie, elle est séduite dès ses premiers pas sur l’île. Ses pas croiseront ceux de toute une galerie de personnages. Jacques, le blanc marié à Marie une clandestine, Jeff, Pierre et sa mission humanitaire, Serge le romantique en mal d’amour, ou encore Lucie.
Le propos est varié et tente de brosser un panorama juste du quotidien de cette île, problématique pour le plus grand nombre. Masson s’intéresse évidemment à la situation des clandestins, à l’insécurité, à la prostitution, déguisée ou non, au tourisme sexuel et à l’argent qui biaise les relations, à bien des niveaux.
Au-delà, il s’intéresse à l’humain, dans tous ses vices, ses travers mais aussi des idéaux et ses illusions. Il s’interroge sur ce qui pousse des métropolitains à s’installer, et éventuellement à rester à Mayotte, entre soif d’exotisme ou rupture de bans. Sans aucune concession, il ausculte les relations entre les différentes populations, tout en dénonçant le racisme ou des attitudes par trop colonialistes, ainsi que la médiocrité de certaines loques humaines  » qui ne pourraient plus être ailleurs, tant ils sont désocialisés « .
Ne vous y trompez pas cependant, si l’album colle à la dure réalité du lieu, il sait aussi faire preuve d’humour et porter un message d’espoir. C’est même une belle leçon d’humanité !
Le choix du noir et blanc colle particulièrement au sujet tandis que le dessin foisonne de détails et nous invite à un vrai voyage. J’ai particulièrement apprécié le trait de certains visages qui témoigne de l’humanisme de l’auteur.

Lecture effectuée dans le cadre de hébergée cette semaine chez Noukette.

31 commentaires

    • Je veux bien croire qu’il te touche ! J’espère que tu le trouveras ! Sinon je passe toutes les semaine vers chez toi, je trouverai un moyen de te le prêter.

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      • Han mais oui ! Dis moi quel jour et on se cale un dej, un café, un dîner, que sais-je

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