discussion « Algériennes, 1954-1962 », Meralli et Deloupy, Marabulles, 2018


Je retrouve cette semaine le chemin de la BD de la semaine avec un album signé de Meralli et Deloupy que j’ai beaucoup aimé.
Ingénieur de formation, Swann Meralli s’adonne aux courts métrages et collabore régulièrement avec des dessinateurs de BD. Il s’associe ici avec Deloupy qui conjugue un job d’illustrateur avec des fonctions plus prosaïques dans le monde de la publicité. Co-fondateur des éditions Jarpille c’est également un fidèle de la maison Delcourt.
Tout en s’affirmant comme une fiction, ce récit s’inspire d’événements réels et s’efforce de coller au plus près à la vérité historique. Il s’agit pour les auteurs de s’intéresser à l’Algérie guerre et plus précisément à  » cette guerre qui n’était pas nommée comme telle  »

Au hasard de la lecture d’un article de journal sur le sujet Béatrice se souvient que son père fut jadis  » appelé  » en Algérie, mais qu’il n’en parle jamais. De retour chez ses parents, elle se heurte d’ailleurs à son mutisme. Sa mère, elle, se souvient d’un séjour qu’elle y fit en 1956 alors que sa fille aînée venait juste de naitre.

 » Ce soir-là j’ai eu l’impression d’hériter d’un tabou familial comme d’un tabou national.  »

Béatrice décide alors de mener l’enquête à travers le regard et les souvenirs de trois femmes.
Elle rencontre d’abord Saida, une amie algérienne de sa mère qui a quitté son pays en l’espace d’une nuit…Saida lui conte comment son père harki vécut reclus dans le maquis avec ses frères tandis que les femmes se débrouillaient seules au village.

 » On craignait notre propre pays  »

Ce premier témoignage permet d’évoquer les conflits entre armées indépendantistes ennemies, le FLN et l’OAS, le racisme, la situation délicate des harkis et l’ingratitude française, l’exil, les camps, la honte d’être  » rejetés d’un côté comme de l’autre de la Méditerranée.  »
Mais au-delà de ce que nous savons déjà, l’album aborde aussi la place des femmes dans ce conflit. Alors qu’elle se rend en Algérie, histoire de comprendre pourquoi cette guerre qui fut plus longue que la seconde guerre mondiale, est si peu présente dans notre mémoire, elle découvre en effet, dans ses échanges avec Djamila, l’existence des moudjahidates (les résistantes), leur action au cœur des  » événements  » mais aussi le sort qui leur était souvent réservé….

 » Les hommes faisaient la révolution mais ils voulaient aussi le pouvoir. A quoi ça servait de se battre pour être l’esclave d’un autre, même si ce sont des Algériens ?  »

 » Dans les livres, tu ne trouveras que les exploits des hommes. Tu ne trouveras pas le nom des femmes qui ont fait la guerre. On les a effacées.  »

Le récit s’organise ainsi en 4 rencontres féminines. Saida, Djamila, Bernadette, une pied noire qui a fait le choix de ne jamais quitter l’Algérie et qui a accepté de devenir étrangère dans un pays qu’elle considérait comme le sien, et Malika Yelles, jadis infirmière dans le maquis pour le FLN dont le combat militant visait avant tout à effacer les différences sociales et sexuelles. L’idée est d’éclairer le lecteur sans aucun manichéisme grâce à la diversité des points.
 » La pluralité des points de vue m’avait fait prendre conscience de la complexité d’englober un tel conflit…et la difficulté d’appréhender un témoignage sans le juger.  »

La précision et le dynamisme du dessin de Deloupy prête beaucoup de vie au récit et au cheminement de Béatrice. Le dessinateur apporte beaucoup de profondeur à ces portraits de femmes très contrastés. J’ai particulièrement apprécié le choix des teintes bleu nuit pour marquer le passage aux souvenirs ainsi que l’évocation de la vie du camp sur le mode vieilles photos.

Lecture effectuée dans le cadre de hébergée cette semaine chez Stéphanie, alias Mo, du blog Bar à BD

49 commentaires

    • Merci Moka ! A peine revenue, déjà disparu. Mais l’envie revient…je suis restée un moment tétanisée, sans trop pouvoir lire et encore moins chroniquer…

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  1. Je ne connais pas très bien la Guerre d’Algérie, et du point de vue féminin, encore moins. Cet album devrait y pallier. Merci pour la découverte !

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  2. Je l’ai lu récemment et je l’ai adoré au point de le chroniquer également.
    S’agissant de l’histoire de mon pays d’origine j’ai trouvé le récit très juste et les histoires poignantes.

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