discussion « La tête haute », Emmanuelle Bercot, 2014


Une sacrée claque !

Au menu ciné du jour, ce long métrage d’Emmanuelle Bercot présenté hors compétition en ouverture du festival de Cannes 2015, qui se propose de suivre le parcours du jeune Malony de 6 à 18 ans.
Ce film social s’ouvre dans le bureau d’une juge brillamment interprétée par Catherine Deneuve. Suite à un signalement, elle doit prononcer une mesure de protection. Sa mère, non solvable, vaguement camée, s’avère en effet inapte à l’élever, même si elle clame son amour pour ses enfants. Méfiante face aux services sociaux qui risquent de lui enlever sa progéniture, elle avoue son dépassement et peine à contenir ses nerfs et la violence de ses mots. Entre l’image que l’on a de l’enfant idéal et la réalité, il y a souvent un monde, mais c’est manifestement valable pour les parents aussi. 

« C’est un boulet ce gosse, je n’en veux plus. » « Depuis qu’il sait marcher, il est délinquant » « Arrêtez de fouiller dans nos vies !»

Alors que son frère marche à peine, Malony se distingue déjà par sa rébellion et une certaine prédisposition à la délinquance qui ne s’arrangera pas avec les années. Grandi, sinon sans amour, mais dans une relation maternelle ambiguë, il fréquente régulièrement ce bureau au point de nouer un lien particulier avec la juge. Le film nous conte son cheminement difficile, son escalade, sans aucune concession. Ce parcours initiatique permet à la réalisatrice de porter un regard incisif sur les services sociaux et l’ensemble des mesures ou structures mises en place pour accompagner ces jeunes qui échappent au système, à la société, mais à l’amour et à la vie aussi. La violence des dialogues et des gestes, assortie d’analyses psychologiques d’une rare justesse, dit toute la détresse de ces gosses souvent laissés pour compte, mais aussi toute une misère humaine.

« Vous vous en foutez des comme nous ! ».

Loin d’être manichéen, le film fait aussi la part belle aux efforts accomplis par ces spécialistes de l’enfance pour tenter de sortir les gamins de cette ornière, même si le système n’est pas infaillible. Il s’agit certes de les protéger, de les aider à se réintégrer et à accepter les règles sociales, mais le plus délicat reste surement de changer leur regard sur eux-mêmes, de leur apprendre à s’aimer pour en finir avec ce qui tient souvent d’une logique inconsciente de l’autodestruction.

Le film est fort, poignant, quelquefois dérangeant, juste et authentique, mais il invite surtout à se poser les bonnes questions et à porter peut-être un autre regard sur cette jeunesse en manque de repères, sur cette enfance en marge. Profondément sensible et cru à la fois, il s’appuie sur un casting remarquable. Catherine Deneuve incarne sans doute son meilleur rôle, Benoit Magimel et Sara Forestier sont remarquables, mais il convient surtout de saluer la prestation incroyable du jeune Rod Paradot qui signe de fort belle manière son entrée dans le septième art. Quel regard et quel sens des nuances et des émotions !

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