discussion « Masaan » de Neeraj Ghaywan, 2015


« Masaan » de Neeraj Ghaywan, 2015

On aurait vraiment tort de réduire le cinéma indien à la tendance bollywood avec son lot de musiques colorées et de chorégraphies endiablées qui peuvent enchanter aussi nos soirées.
Il existe aussi un cinéma engagé auquel appartient le jeune réalisateur Neeraj Ghaywan. Avec « Masaan » il nous propose un film choral étonnant et militant.

Le récit se situe à Bénarès et fait la part belle au Gange, symbole peut-être ce cette Inde ancestrale, des traditions qui se heurtent aux désirs d’une jeunesse en mal de modernité et de liberté.
Le scénario assez touffu de Varun Grover tisse plusieurs fils d’intrigue. A la manière d’un kaléidoscope, il nous propose de suivre le destin et le quotidien de personnages qui finissent par se croiser, comme dans un bon film de Lelouch. La belle Devi (Richa Chadah, juste sublime), qui voulait simplement faire l’expérience de la sexualité, pleure le suicide de son amant provoqué par une intervention policière musclée. Avec son père, Vidyadhar, elle se trouve aussi confrontée à la corruption de ces mêmes policiers. Le beau Deepak, qui s’occupe de la crémation des morts sur les bords du fleuve, cultive un amour impossible pour la jeune Shaalu. Hélas, les castes ne se mélangent pas ! Du haut de ses dix ans, Jhonta, orphelin, n’hésite pas à plonger en eaux troubles dans l’espoir de faire fortune.
Au delà de leurs différences, ces êtres sont tous confrontés aux mentalités étriquées, aux règles sociales et religieuses, et tous partagent le même espoir d’une existence plus lumineuse, plus libre. Les gros plans sur les visages disent bien plus leurs maux et les nuances qui les traversent que les dialogues particulièrement économes.
Neeraj Ghaywan filme ces êtres avec sensibilité, sans ménager pour autant le spectateur. Dans cette Bénarès il ne fait pas bon se jouer des traditions morales. L’inde est encore misogyne, l’Inde peut être violente. Mais ce pays s’entoure aussi de toute une poésie que la photographie d’Avinash Arun traduit fort bien notamment dans l’évocation des lieux. Arun sublime le Gange, ses berges et les fameuses Gates qui s’offrent au regard comme un clair obscur.

Ce film, sélectionné à Cannes dans la catégorie « Un certain regard », prédit sans doute une belle carrière à son réalisateur, mais il nous offre surtout une vision juste et moderne d’un pays sur la lente voie du progrès.

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