discussion « Voir du pays », Delphine et Muriel Coulin, 2016


voirdupays

Les films consacrés à l’armée française ne courent pas les écrans, alors lorsqu’on a l’occasion d’en visionner un signé par deux femmes, on s’interroge forcément sur le regard qu’elles vont porter sur cet univers ô combien masculin. C’est pourtant à travers le prisme de 3 femmes, Marine, Aurore et Fanny, que les sœurs Coulin dévoilent certaines faces cachées de la « grande muette ».
Marsouins, les 3 jeunes femmes rentrent avec leur escadron d’une longue mission de 6 mois en Afghanistan. Mais avant de regagner le territoire français ils doivent faire escale à Chypre, la frontière de l’Europe. Si Aurore se réjouit à l’idée d’une téquila en bord de piscine, Marine aurait préféré un vol direct.
Ils débarquent donc dans un hôtel paradisiaque, en complet décalage avec leurs treillis. Au menu sophrologie, débriefing collectif et petites excursions encadrées. Ce ne sont pas des vacances, seulement trois jours pour oublier la guerre…trois jours confinés dans un paradis qui prend des allures de sas de décompression, alors que les touristes se déhanchent sur la piste de danse.
« Ce qui s’est passé là-bas reste là-bas, ce qui s’est dit ici, reste ici. »
Entourés de psychologues et munis tour à tour de lunettes de réalité virtuelle, ils sont censés évacuer le stress, à moins que cela n’exacerbe finalement les tensions…
« On a pris cher ! », « C’est pas en trois jours qu’on va oublier la guerre », ni la difficulté d’être femme dans ce monde d’hommes.
La caméra s’attarde sur les corps marqués, les visages, la douleur et les traumatismes, palpables et sublimés par la photographie de Jean-Louis Vialard. Les cadrages de Benoit Dervaux apportent beaucoup à ce scénario récompensé à Cannes en 2016. Les gros plans, et même les très gros plans, renchéris par les silences, révèlent l’indicible et comblent les blancs avec beaucoup de pudeur. Le casting assure le reste. J’ai aimé la fragilité étonnante de Karim Lefèbre, alias Max, et découvert en Ariane Labed une actrice de talent.
Il fallait de l’audace, sans doute, pour s’attaquer ainsi à la violence militaire et à cette chape de plomb qui tente de la dissimuler.

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