discussion « Ce que tient ta main droite t’appartient », Pascal Manoukian, DonQuichotte, 2017


manoukian

Une sacrée claque, à ne pas manquer !

Il existe des romans dont on voudrait parler des heures durant, qui nous remuent, nous bouleversent, nous questionnent, et qui nous laissent pourtant cois, sans doute parce que leur lecture se suffit à elle-même.

Ce second roman de Pascal Manoukian m’a laissée sans voix d’abord. Bien sûr il s’inspire d’une actualité qu’il épuise presque. Bien sûr il porte en lui une part inévitable de pathétisme. Mais cela va au-delà, cela tient de l’indicible peut-être, de l’écriture assurément aussi.

Charlotte aurait pu accompagner Karim à la mosquée. Elle aurait pu filer un bas et rentrer à la maison. Ils auraient pu opter pour un film au ciné. Rester chez eux à cocooner et à couver ce futur bébé. Ils auraient pu savourer leur bonheur, profiter de cet état de grâce qui les unissait au-delà de toutes leurs différences sans importance.

« Charlotte et Karim, eux ne croient qu’en leur bonheur. » « C’est incroyable combien leurs deux religions peuvent être capables de beauté, quand elles s’entrelacent au lieu de se détruire. Ils rêvaient que leur amour métis puisse donner naissance à autant de grâce. »

Aurélien aurait pu continuer de briller dans sa classe prépa. Il aurait sans doute pu quitter sa cité, s’émanciper de ce marasme.

Chanchal aurait pu continuer à vendre ses roses et chérir Iman. Ensemble ils auraient pu sortir du naufrage.

Il en fut autrement. La vie ne tient à presque rien. Il suffit d’être au mauvais endroit au mauvais moment. « Dieu est un pitbull », qui « ne lâche jamais ». On fait alors le compte des existences brisées, des amours qui ont volé en éclats. L’horreur l’emporte, l’incompréhension et la colère aussi. Mais Karim veut comprendre. « Il traverse » alors  « la bande annonce de sa nouvelle vie […] comme un mort-vivant », s’interrogeant sur cette frontière ténue qui sépare l’humanité de la barbarie, la raison du fanatisme.

Ancien reporter de guerre, Manoukian maîtrise son sujet et recourt parfois à un style journalistique qui permet de garder les passions à distance tout en ne cédant jamais rien sur le terrain de l’humain. Son incroyable sens des détails, des mots bien choisis capables de dire l’innommable, donne cependant beaucoup de force à son écriture empreinte de grâce et d’élégance.

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