discussion « Parle moi d’amour » de Philippe Claudel, Stock, 2008


claudel

En quête de textes dramatiques tournant autour de la thématique de l’amour, je suis tombée sur cette pièce en un acte de Philippe Claudel, dont j’ignorais les talents de dramaturge.
Lorsque l’on songe à ce grand mot, avec ou sans majuscule, il nous vient souvent à l’esprit des images de rencontres, sur des chabadabada, des week-end à Deauville, à Venise, des souvenirs de baisers volés ou d’amants dissimulés dans des penderies improbables. Les plus pessimistes – ou les plus réalistes peut-être – pensent querelles, ruptures, puisque les sentiments s’usent et que la passion s’émousse. Mais est-ce bien si sûr ? La dispute opère quelquefois comme un modus vivendi indispensable au bonheur de certains couples.
C’est à cet amour-haine, cet amour vache que s’intéresse Claudel dans ce huis-clos assez désopilant et diablement rythmé.

Le rideau s’ouvre en même temps qu’une porte. Un couple d’une cinquantaine d’années retrouve son intérieur bourgeois très design. L’irritation de l’Homme semble à son comble, tandis que son épouse aspirerait sans doute à une fin de soirée paisible. Ils rentrent de l’un de ces dîners mondains, où l’on cherche à briller, à asseoir sa réputation et où l’on négocie les suites de sa carrière.
Il peste contre Skisistorn, ce « type qui n’a même pas fait l’ENA », un snob prétentieux et oublieux de ses origines humbles, qui a surtout le défaut d’être un rival potentiel. Pas de quoi fouetter la sérénité de la soirée apriori, surtout si en bonne épouse aimante on se contente d’abonder dans le sens de son mari.
Hélas, agacée et harassée sans doute par la répétition de ce type de dîner et de réactions, elle lui reproche sa propre servitude ridicule devant Dupuis, son supérieur.
La conversation s’envenime, un mot en appelle un autre. Les sujets s’enchainent sur un rythme plus qu’endiablé. Les enfants, les amis, la famille, la culture, l’argent, les douze ans de psychanalyse, tout y passe. Chacun déballe ses griefs, il se laisse aller physiquement, ne fait pas attention aux autres, elle investit outrancièrement dans les cosmétiques et la chirurgie esthétique…On sacrifie les souvenirs sur l’autel de la colère, on brise des objets, on s’insulte et la vulgarité inonde ce coquet appartement qui prend des allures d’arènes sauvages. Amour à mort… et pourtant … !
Entre petites vérités bien observées et drôlerie, la vivacité des dialogues tient incontestablement le spectateur en haleine.

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