discussion « Pereira prétend », Pierre-Henry Gomont, Sarbacanes, 2016


Je termine décidément l’année BD en beauté puisqu’après « Les Brumes de Sapa » je me suis délectée avec cette adaptation du roman de Tabucchi, publié par Pierre-Henry Gomont aux éditions Sarbacane en 2016.

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Cet album c’est d’abord tout un contexte, celui du Portugal de Salazar, avec sa police politique, ses milices et sa censure. Conserver son poste de journaliste suppose alors qu’on pèse chacun de ses mots et qu’on évite d’évoquer les sujets brûlants comme ceux du clergé basque.

Pereira l’a bien compris, lui qui travaille pour le Lisboa. Se promettant de ne pas faire de politique, il se consacre à la page culturelle et au courrier du cœur. Sa seule subversion réside dans le choix des textes français dont il propose des traductions. Il se méfie comme la peste du régime et de ces anonymes qui contribuent à son autorité à l’instar de sa concierge Céleste, qui ne fourre pas toujours son nez là où elle devrait.

Pourtant, le portrait de cet être incroyablement bonhomme est aussi le récit  d’une éclosion politique permise par différentes rencontres.

L’album est donc l’occasion d’une jolie galerie de portraits. Le lecteur s’attache très vite à ce Pereira, qui prétend constamment, cet être qui s’imagine bon catholique puisqu’il croit à la résurrection de l’âme, qui s’adresse à son épouse défunte par le biais d’une photo, mais qui converse aussi avec son double. On est sensible à cette grande solitude, symbolisée par la Rua de la Saudade, mais aussi à sa boulimie et à ses problèmes de poids qui le conduisent en cure à Parède.

Il s’attache également à Rossi, cet amoureux de la vie qui accepte de rédiger des nécrologies anticipées pour financer sa révolution aux côtés de la jolie Marta.

Marta « Mais nous non plus nous ne faisons pas de politique, nous faisons l’histoire ».

Il se laisse aussi gagner par les théories d’un Cardoso, ce médecin improbable,  qui ont le mérite de conduire Pereira hors de sa zone de confort.

Le scénario, souvent empreint de poésie,  est d’une belle efficacité, mais c’est surtout, à l’aube des prochaines élections, une belle leçon d’engagement politique. Il est sans doute des cas où nous devrions en effet quitter notre soumission tranquille pour tenter l’insurrection.

 « Fréquentez le futur » (Cardoso)

J’ai beaucoup aimé aussi cette déclinaison du verbe prétendre, qui laisse la place à bien des possibles, et les nombreuses évocations d’auteurs français qui émaillent le texte et confèrent une certaine épaisseur au récit.

Le dessin est tout aussi séduisant, notamment parce que Gomont s’appuie sur une exploitation originale des bulles-pensées qui débordent du cadre. L’inventivité est constamment au rendez-vous, notamment avec ces cases entièrement bleues pour figurer le ciel à la manière d’un Klein. Le traitement des couleurs est assez surprenant, mais le graphisme traduit bien l’humanité et l’optimisme qui traversent l’album.

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Lecture effectuée dans le cadre de la-bd-de-la-semaine hébergée cette semaine chez Stéphie

11 commentaires

  1. J’ai bien aimé les autres albums de cet auteur, celui-là est sur un sujet que je ne connais pas, donc à voir, surtout qu’il a eu des éloges… !

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