discussion « Les mots entre mes mains », Guinevere Glasfurd, Préludes, 2016


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Quelques mots sur ce premier roman de la nouvelliste Guinevere Glasfurd qui fait le choix d’une trame historique et qui prête vie à René Descartes.

« Bene vixit, bene qui latuit », il a bien vécu celui qui s’est bien caché, écrit le philosophe lui-même en 1634

Jouant avec les années et divers lieux de Hollande l’auteure nous conte les amours clandestines de Descartes et d’Héléna Jans van der Strom, une jeune servante de quelques décennies sa cadette.  Cette jeune fille, éduquée mais pauvre, doit quitter sa Leyde natale et sa mère pour se placer comme servante auprès d’un libraire d’Amsterdam, M. Sergeant. Des revers de fortune ont anéanti en partie sa famille et modifié le cours de sa destinée.

A travers ce personnage incroyablement attachant, l’auteure expose le quotidien des domestiques d’autant plus âpre qu’il s’agit de femmes. Coups et droit de cuissage sont encore coutumiers.

C’est dans cette demeure qu’elle rencontre « Monsieur » toujours accompagné de Limousin son valet et son homme de confiance.  Il est alors aux prises avec sa fameuse méthode et son doute universel. Ses petites manies la subjuguent tout autant que l’aura mystérieuse qui l’entoure et malgré sa piété elle ne résiste pas au charme de cet homme de plume qui sait se montrer d’une grande sensualité.

Mais si la charnalité les unit, tout le reste les sépare : la condition sociale, la religion, l’âge…Dans ce contexte, ce qui pouvait sembler une parenthèse légère et heureuse devient rapidement une affaire de cœur plus difficile à porter, surtout lorsque l’enfant paraît. Le prix de cette ivresse de désir sera lourd à payer. Plus que jamais Héléna comprend qu’il est quasiment impossible de se départir de cette condition qui est désormais la sienne.

« Voilà ma vie : du sang, de la crotte, de la boue et pas moyen d’y échapper » 

Si les sentiments de Descartes sont sincères, il reste cependant un homme de son temps, une époque où les femmes ne comptent guère. Sa réputation et son œuvre conservent le dessus.

« les livres ont de la force. Ils ont des conséquences. »

Il est plaisant de découvrir le penseur sous un jour plus incarné mais la véritable héroïne demeure toutefois Héléna. Guinevere Glasfurd nous brosse en effet un fort beau portrait de femme. Nous la rencontrons à peine sortie de l’adolescence et nous assistons à son éclosion en tant que femme. Son caractère s’affirme, son goût pour les plumes et les mots aussi. En avance sur son temps, elle milite pour l’éducation des filles et s’efforce de se frayer un chemin dans un monde peu disposé à lui laisser une place.

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