discussion « Jimmy P, la psychothérapie d’un Indien des plaines », Desplechin, 2013


jimmyp

Avec ce film sorti en 2013 Arnaud Desplechin sort de zone de confort et n’en finit pas de nous étonner. Il nous propose un long métrage de facture plus classique que d’ordinaire et nous transplante dans l’Amérique des années d’après-guerre. Il nous convie alors à la rencontre de Jimmy Picard, un indien Blackfoot, et de Georges Devereux, un anthropologue et psychanalyste Français. Il s’inspire pour ce faire d’une histoire vraie relatée par Devereux lui-même.
La narration s’ouvre en 1948, à Browning, dans le Montana. Jimmy, qui peine à faire valoir ses droits de vétéran, souffre de terribles maux de tête qu’il impute à une blessure de guerre. Poussé par sa sœur, il se rend à l’hôpital de Topeka dans le Kansas pour tenter de comprendre l’origine de son mal. Il se pourrait bien, hélas, que son désir de guérir ne le condamne à un enfermement plus ou moins durable. Aveuglements passagers, surdité partielle et céphalées restent une énigme pour l’équipe médicale qui lui trouve une attitude autistique. On a vite fait de réduire le mystère médical à une éventuelle schizophrénie qui pourrait s’avérer gênante pour la société.
En désespoir de cause, il est fait appel à Devereux, seul être susceptible de comprendre cette âme indienne. Le film retrace alors la psychothérapie de cet Indien des plaines hanté par son passé et son désir de retrouver sa fille, Marylou. Au delà, il met en exergue la maturation de son amitié avec « the french doctor ».
Le scénario, d’une grande profondeur, prend ainsi l’allure d’une énigme que le spectateur n’a de cesse d’élucider. Il est en outre sublimé par le brillant duo de Benicio Del Toro et de Mathieu Amalric. On plonge dans l’âme de Jimmy, mais aussi dans l’univers de ces minorités, et l’on suit sans faillir la difficile reconstitution de son passé et de ses douleurs refoulées. On est tout autant subjugué par la personnalité extraordinaire, au sens premier du terme, de ce Devereux fin, sensible et fantasque.
Les décors de Dina Goldman et la photographie de Stéphane Fontaine traduisent avec beaucoup de justesse le climat oppressant du lieu et le double emprisonnement de cet homme pris au piège de quatre murs et de ses traumatismes. Le jeu des plans qui se resserrent autour du personnage donne à ce huis-clos densité, humanité et authenticité.

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