discussion « Colonia » , Florian Gallenberger, Juillet 2016


colonia

Un billet ce jour sur un film thriller historique signé de Florian Gallenberger, « Colonia », sorti sur les écrans en juillet 2016 qui a le mérite de s’intéresser à la Colonia Dignidad, une enclave nazie de 3000 hectares en territoire chilien dont on n’a pas forcément entendu parler.

Hôtesse de l’air, Lena est heureuse de bénéficier de quelques jours de repos au Chili pour retrouver son amoureux, Daniel. Allemand tout comme elle, ce dernier séjourne à Santiago depuis plusieurs mois pour des raisons politiques. Au côté de nombreux autres militants il soutient Allende tandis que Pinochet prépare son coup d’Etat de 73. Leurs retrouvailles sont hélas écourtées par l’arrestation de Daniel. La Dina, soit la police politique du Général ne plaisante pas avec les opposants au régime, surtout lorsqu’ils s’avisent de photographier les arrestations et les meurtres gratuits.
Apprenant qu’il a été conduit à la Colonia Dignidad, Lena décide de tout faire pour le retrouver. Malgré les mises en garde d’Amnesty Internationale, elle se rend ainsi dans cette colonie agricole et sectaire fondée en 1961 par Paul Schafer, un ancien nazi qui se prend pour un gourou. Derrière cette pseudo association caritative se cache un enfer concentrationnaire particulièrement violent que le film reconstitue minutieusement. Le Saint-Père y règne en maître, soutenu par Pinochet. Travail forcé, reproduction contrainte, enfants enlevés à leurs parents, humiliations, abus sexuels sont le lot quotidien des membres. La folie de Schafer ne connaît aucune limite. Son mépris des femmes non plus.

« Toutes les femmes ne sont que mensonges, duplicité et démons lubriques »

Toutes ces exactions sont évidemment commises au nom de l’amour fraternel. Outre ses activités agraires, la colonie est aussi une usine d’armement et un centre de torture au service du général chilien.
Sortir de cette zone de non-droit aux frontières électrifiées relève de l’impossible et il n’est pas certain que l’Ambassade d’Allemagne soit forcément le soutien le plus efficace…

Si l’on peut regretter la facture assez classique du film, il faut saluer son efficacité. L’intrigue amoureuse atténue quelque peu la violence du sujet et accroit la tension dramatique du scénario qui laisse peu de répit au spectateur. Les décors de Bernd Lepel et la photographie de Kolja Brandt restituent parfaitement le fascisme du lieu. Michael Nyqvist donne toute sa mesure à la folie barbare de Schafer, tandis qu’Emma Watson (alias Léna) et Daniel Bruhl (Daniel) assurent une prestation sans faille.

Le suspense de ce film glaçant ne faiblit jamais et laisse un goût amer, malgré les cartons précisant l’arrestation de Schafer et sa mort en prison en 2010. Le genre humain est décidément capable du pire.

3 commentaires

  1. Pas mal de gens ont reproché ce point au réalisateur. Je crois que j’étais trop focalisée sur le reste du propos, la folie de ce « gourou » et cet enfermement, pour m’apesantir sur l’histoire d’amour..

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