discussion « La guerre des Lulus, T4, 1917, La déchirure », Hautière et Hardoc, Casterman, 2016


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C’est le dernier album de ma Pal, la dernière acquisition censée attendre sous la pile…mais le plaisir de retrouver la petite bande des Lulus, ces garnements aussi espiègles que débrouillards, et leur comparse Luce, l’a forcément emporté sur mon sens de l’ordre et des priorités.

Après l’étape des Lulus au familistère dans le tome 3, vient à nouveau l’errance. Mue par un instinct de survie et une amitié presque inébranlables, la petite bande reprend sa route à travers la campagne avec le souci constant d’échapper à l’ennemi et aux balles. Ils ne le savent pas encore, mais 1917 sera sans conteste l’année terrible, le paroxysme de cette guerre et de l’occupation.
L’album s’ouvre sur une méprise, un train pour la Suisse qui les conduit finalement en Allemagne et qui met à l’épreuve leur sens des initiatives. Survivre sans encombres en territoire ennemi relève du défi et promet bien des péripéties extraordinaires, surtout lorsqu’on est curieux.

« Elle m’a l’air bien compliquée votre histoire… » « Mais elle s’annonce passionnante ! »

Le scénario prend alors les allures d’une road story qui les mène d’un train à l’autre, sans parler d’une roulotte à double fond ou des rivières à traverser. Il calque ainsi les périples douloureux communs à bien des guerres et des hommes. Leur cheminement est l’occasion de nouvelles rencontres étonnantes à l’instar de ce paysan bourru, de Sylvestre Criquelion, un photographe ambulant vaguement faussaire doté d’un incroyable sens de l’à propos, et d’un curieux éléphant laboureur. La tension dramatique croissante est renchérie par des instants plus heureux, des moments de répit où l’on oublierait presque les champs de bataille, la pénurie et la faim. Un grenier salutaire, une ambiance de kermesse inattendue opèrent ainsi comme autant de pauses dans ce cauchemar. Evoquer, l’espace d’une soirée joviale et gourmande, les temps d’avant rieurs et imaginer ceux qui pourraient venir met du baume au cœur.

« ça se peut pas une guerre qui dure jusqu’à toujours. »

Mais la guerre c’est aussi les dangers, les trahisons, le sauve qui peut et le chacun pour soi qui se rappellent à l’esprit de nos joyeux drilles comme autant de nouvelles embûches.

Les personnages grandissent, gagnent en maturité, se construisent au fil de leurs aventures et découvrent les tourments de l’amour. Le scénario, loin de s’essouffler, gagne encore en épaisseur et laisse augurer d’un prochain opus passionnant. La fraîcheur initiale, si elle apparaît toujours dans certains échanges, cède peu à peu la place à une nouvelle forme de gravité tandis que le quintet redevient quatuor. Hautière dose toujours aussi adroitement l’humour et le sérieux et parvient à faire évoluer ses personnages dans la plus grande cohérence. Le dessin de Hardoc, toujours aussi séduisant, se fait souvent plus sombre, à la mesure cette guerre qui n’en finit pas. Les effets de contraste soulignent ce passage contraint, accéléré de l’enfance à l’âge adulte.

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Ce nouvel opus tient donc ses promesses, et plus encore !

Lecture effectuée dans le cadre de la-bd-de-la-semaine hébergée cette semaine chez Mo

 

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