discussion « Vie prolongée d’Arthur Rimbaud », Thierry Beinstingel, Fayard, 2016


vierimbaud

Et si Arthur Rimbaud n’était mort ?

Voilà le scénario improbable que déploie Thierry Beinstingel dans ce roman étonnant publié chez Fayard en août 2016.

A l’initial du récit, Isabelle dessine son frère aimé, agonisant sur un lit de cet hôpital de la Conception à Marseille. On dit que les poètes ne meurent jamais, mais elle doit bien se l’avouer, « le mariole fantasque », « l’amputé excédé chavire sur ces fleuves impassibles ». Elle donnerait tout pour qu’il en réchappe, qu’il arrête de souffrir. Son sentiment d’impuissance est à la mesure de son amour et de sa fidélité pour ce frère en quête d’un ailleurs perpétuel. Il ne lui reste que les prières et la volonté d’arracher aux autorités le droit de rapatrier le corps à Charleville tandis que Vitalie, la matriarche, gère l’organisation des obsèques.

A quelques milliers de kilomètres de là, Djami, le fidèle compagnon se meurt aussi…dans le plus grand anonymat.

A l’instant où Arthur hésite encore entre la vie et la mort, un inconnu meurt dans une chambre voisine des suites d’un accident de la circulation. L’alcoolisme des uns et le laxisme des autres font le reste. Suite à une erreur sur l’identité du cadavre, Rimbaud est déclaré mort.

Il achève de se remettre, soutenu dans ses efforts par une jeune nonne, tout aussi religieuse que sensible à son charme, alors que les éloges funèbres se multiplient et qu’Isabelle vit mal son deuil et les propos véhiculés par la presse. Vient alors le temps d’orchestrer la suite, la sortie de l’hôpital, la survie. Conscient qu’une nouvelle chance lui est donnée, il doit se doter d’une nouvelle identité avant de connaître une itinérance de plus, en direction de son nord natal.
 

C’est ainsi que celui qui ne concevait pas de travailler ni de fonder une famille, va explorer d’autres possibles, avec leur lot de bonheurs et de malheurs.

« JE est décidément un autre. »

Outre le plaisir de cette prolongation, de ces quelques 400 pages qui restaurent cette existence trop tôt brisée, le lecteur se régale dans les jeux d’écriture de Thierry Beinstingel qui maîtrise l’œuvre de Rimbaud et la fond dans son intrigue, sans chercher l’ostentation.

 

 

3 commentaires

  1. Je n’aime pas trop ces spéculations littéraires « et si … » mais tu donnes envie de le lire ne serait-ce que pour retrouver Rimbaud. En revanche, je trouve le titre du roman très lourd et disgracieux.

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