discussion « Soyez imprudents les enfants », Véronique Ovaldé, Flammarion, 2016


bartolome

Inconditionnelle de Véronique Ovaldé, de ses images si surprenantes et de ses univers déjantés, j’attendais avec une impatience presque indescriptible de pouvoir me plonger dans son dernier roman. J’avais repoussé sa découverte aux vacances pour pouvoir le dévorer à loisir, d’une seule traite.
Son titre, un tantinet paradoxal et provocateur, « Soyez imprudents les enfants », lui ressemblait et laissait entrevoir mille promesses.
Quelle cruelle déception pourtant, malgré un début alléchant et cette superbe épigraphe empruntée à Scott Fitzgerald !

« So we beat on, boats against the current, borne ceaselessly into the past » (C’est ainsi que nous avançons, barques à contre-courant, sans cesse ramené vers le passé)

Le récit cette fois-ci nous transporte en Espagne, entre Bilbao et un Pays basque récalcitrant, dont est originaire la famille Bartolome. La jeune Atanasia appartient à cette lignée dont le patronyme s’inscrit dans des siècles d’histoire grâce aux frasques, aux résistances d’ancêtres qui ont toujours mis en pratique ce fabuleux conseil de l’imprudence. A l’heure où nous rencontrons pour la première fois cette adolescente de 13 ans, le pays sort à peine de la période franquiste. L’ombre des Phalanges n’est jamais loin et les plaies peinent à se refermer.
Alors qu’elle grandit entre une mère dévouée au père et aimante, Daniela, et un père taciturne et vaguement rigoriste, Eusébio, son destin chavire, ou du moins prend un tout autre tour lorsque son professeur d’art, Melle Fabregat, libre, indépendante et en désaccord avec une certaine Espagne, emmène sa classe découvrir une exposition tendancieuse : « Mon corps mi à nu ». Atanasia découvre à cette occasion un tableau d’un certain Roberto Diaz Uribe, provocateur à souhait, « Angela 61-XI ».
Ce tableau qui lui saute au visage comme une revendication l’intrigue, la subjugue et devient une véritable obsession.
Jusque là l’intrigue s’annonce plus que séduisante, même si cet étrange dédoublement du personnage en un JE et un Elle ne semble pas pleinement convaincant. On imagine que le mystère s’éclaircira ultérieurement, d’autant que la jeune fille semble rapidement en quête d’elle-même et de l’histoire familiale.
Face à ce père peu prolixe, un grand père tyrannique et une mère qui cherche toujours à arrondir les angles, elle peine à réellement exister. Sa vie n’est qu’en futur. En attendant, elle patiente et rêve de se défaire de cette mélancolie qu’elle a reçue en héritage. Sa découverte, d’une certaine façon, pimente un peu son quotidien. Quel plaisir que cette passion pour un peintre qui doit demeurer clandestine !
La narration se gâte alors. L’auteure se livre à tout une série de portraits, croustillants certes, mais dont on peine parfois à faire le lien. Le fil de l’intrigue se voit constamment dérouté par des propos annexes, des considérations sur l’adolescence, la situation des femmes, certes intéressants, incisifs mais qui génèrent un sentiment de plus en plus désagréable d’éparpillement. Si le peintre opère comme un fil rouge qu’éclairent un temps les confidences de la grand mère Bartolome avant sa mort, la narratrice mêle ensuite les parcours des différents ancêtres, les époques, les amours avortés ou non, les lieux, et perd un peu son lecteur.
Si la langue de Véronique Ovaldé reste truculente, son imagination débridée lui joue ici des tours et ennuie facilement le lecteur. Il y aurait sans doute dans ce récit matière à plusieurs romans. La magie n’opère pas parce que le propos part dans toutes les directions sans jamais sembler en mener une à son terme. L’auteure semble cette fois victime de sa quête d’une construction abyssale. La figure de ce peintre visionnaire et despote ou la quête de l’héroïne ne parviennent alors plus à nous captiver pleinement, sans doute parce que l’on ne perçoit pas si bien le sens de tout cela.

4 commentaires

  1. Oh comme je suis rassurée ! Je n’ai pas du tout accroché à ce nouveau roman et pourtant, comme toi, j’avais hâte de le lire : j’en ai lu la moitié et puis j’ai laissé tomber, déroutée par tant de digressions et surtout absolument pas sous le charme !

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