discussion « Cendrillon », Joël Pommerat, Babel, 2011


cendrillonpommerat

Après Le Petit Chaperon Rouge et Pinocchio, Joël Pommerat, quia un goût prononcé pour le palimpseste, s’est attaqué à la réécriture dramatique du conte « Cendrillon ». Créée au Théâtre de Bruxelles en 2011, la pièce revisite les ingrédients du conte, en reprend les étapes fondamentales et procède aussi par amplification. On assiste ainsi à la mort de la mère de la jeune Sandra, alias Cendrier, puis Cendrillon. Comme dans toute réécriture, l’idée est de travailler sur les causes et les enjeux du récit, sur les effets de sens et les significations.
Joël Pommerat nous propose ainsi une version moderne et sombre de cette histoire ancestrale. Elle est moderne par l’introduction de certaines thématiques et par le contexte. L’accent est mis sur les difficultés des familles recomposées, la maltraitance, le deuil impossible, mais il est aussi question de chirurgie esthétique. La modernité tient aussi au langage, à cette syntaxe orale, cette langue qu’il veut souvent vulgaire et à laquelle j’ai toujours un peu de mal à me faire. Je trouve dommageable et contestable que la contemporanéité soit forcément associée à cette vision de la langue.
Mais quid de l’intrigue ?
Après la mort de sa mère, Sandra se réfugie dans le souvenir et le désir impérieux de cultiver le souvenir de sa mère. Non loin de là, il est un jeune prince qui connaît une situation assez similaire. Alors qu’elle est tout à sa tristesse et à son imaginaire, son père rencontre une autre femme, elle-même mère deux filles, un tantinet plus sympathiques que celles du texte source. Il est très vite question de cohabiter dans la demeure de cette femme, une maison pour le moins particulière, toute en verre et en transparence.

« nos deux familles vont essayer de se fondre et de se souder entre elles. »

Hélas, la future belle-mère a beaucoup de mal à composer avec cette obsession de Sandra pour sa mère. L’animosité l’emporte vite sur le désir de composer, d’autant que cette femme, assez égocentrée, est d’un tempérament fort autoritaire. Sandra ne peut guère compter sur le soutien de son père, soumis avant même un éventuel mariage. Cet homme, qui a vraiment tout de la « lavette », agace sérieusement son lecteur. La fée, tout droit sortie d’un placard, n’aura pas une influence spectaculaire non plus. Refusant d’exploiter ses dons naturels séculaires, elle préfère tenter les tours de magie, fort aléatoires, qu’elle découvre dans les livres. Bref, Sandra se voit vite exclue de la vie familiale et condamnée à toutes les corvées ménagères. Résignée, comme coupée de ce monde-là, elle ne rêve pas, n’attend pas qu’un jour son prince apparaisse. Il faut dire que ce prince, lorsqu’il apparaît enfin, dans toute sa fragilité et sa naïveté, n’est pas si charmant que cela. Ce n’est pas un actant non plus. Heureusement depuis Perrault, les filles ont troqué leurs pantoufles de vair contre des accessoires plus confortables et leur innocence soumise contre volonté et esprit d’entreprise. Elles savent désormais prendre les choses en main.
J’ai apprécié certaines trouvailles, le bal princier sur fond de Cat Stevens, l’inversion de certains éléments, la transposition dans des problématiques actuelles, mais je suis nettement moins séduite par le parti-pris de ce langage et par le rythme de la pièce, les interventions de la voix off. La représentation me permettrait sans doute de savourer le texte différemment.

6 commentaires

  1. Il m’avait scotchée avec  » la réunification des deux Corées  » , de courts textes d’une intensité folle sur les relations homme/femme . Pourtant je trouve très difficile de lire du théâtre…

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  2. Je suis plutôt d’accord avec ton point de vue, l’usage du langage dans cette pièce ne m’a pas du tout séduite, et a même fini par m’agacer quelque peu. Cependant, j’aime beaucoup la recherche et ce nouveau visage donné à Cendrillon, dans des conditions bien sombres.

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