discussion « Boitelle et le Café des Colonies », Quella-Guyot et Morice, Grand Angle, 2016


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C’est grâce à Stéphie du blog Mille et une frasques (lien vers son billet) que j’ai découvert cet album de Quella-Guyot et Morice.

Le scénario consiste en une adaptation de la nouvelle de Maupassant, « Boitelle » et met en œuvre le racisme paysan dans la campagne normande du XIX°.

Antoine Boitelle, écrasé par le poids de son existence, occupe un emploi d’homme à tout faire chez un riche bourgeois.

« Je suis ordureux parce que mes parents m’ont opposé dans mes goûts »

Alors qu’il vient toucher son salaire, la conversation s’engage avec son employeur autour de l’Afrique. C’est un buste de femme noire qui les rapproche le temps d’une longue analepse. Antoine revit sa jeunesse dans le port du Havre, ses incursions au Café des Colonies et sa rencontre avec Norène, une serveuse venue d’ailleurs. Il aimait « ses dents qui riaient plus claires que les yeux », s’étonnait de son français quasi parfait, de ses manières et de sa bonne moralité.

« T’es finalement comme les filles du pays »

A l’heure où l’exotisme est à la mode, il apprend finalement à dépasser aprioris et idées reçues et rêve d’épouser sa « belle négresse coiffée d’un foulard rouge ». Reste à obtenir l’aval de ses parents…

Le jeune couple se trouve alors confronté à un racisme que l’on pouvait encore excuser ou du moins comprendre en raison du poids des superstitions et de l’inculture. Il en va différemment aujourd’hui, théoriquement.

Didier Quella-Guyot retrace bien l’atmosphère de l’époque, cet univers rustique comme coupé des évolutions sociales. Pour appuyer le propos de Maupassant il s’autorise quelques ajouts comme la réaction du prêtre du village, il insère dans le récit des extraits du Petit Journal Illustré et il joue avec les récits enchâssés. Ajoutons, pour être complet, qu’il offre beaucoup de consistance à cet amour contrarié.

Le dessin de Morice emprunte beaucoup au cinéma pour étoffer la profondeur psychologique des personnages. Le contraste entre les couleurs tendres et le récit sombre, souligne la nostalgie amoureuse d’Antoine qui n’a jamais perdu le goût de Norène.

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Cerise sur le gâteau, Didier Quella-Guyot nous offre ce luxe d’une suite à la nouvelle de Maupassant en fin d’album !

Lecture effectuée dans le cadre de la-bd-de-la-semaine hébergée cette semaine chez Stéphie , précisément.

 

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