« Les Mutants », Pauline Aubry en 2016 chez Les Arènes BD XXI.


Il sera question aujourd’hui d’un album assez particulier, « Les Mutants », publié par Pauline Aubry en 2016 chez Les Arènes BD XXI.

 

Le ton est donné dès la préface rédigée par le professeur David Cohen, chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à la Pitié Salpêtrière. Il salue le travail de l’artiste et évoque la genèse de l’album. Pauline Aubry, amie avec le docteur Camille Fournier, médecin à l’unité Charcot, éprouvait le désir de faire un reportage BD sur l’hôpital, on lui demanda en contrepartie d’animer des ateliers BD auprès des ados.
C’est donc avec une certaine appréhension qu’elle pénètre dans ce règne des TOCS, des scarifications, des mythos et autres pathologies plus ou moins lourdes. Pour certains, l’unité est un refuge, pour d’autres une prison que l’on cherche à fuir.
L’album nous donne à voir le quotidien du centre de soin mais aussi la souffrance que ces patients ont tous en partage, même si ses origines sont chaque fois singulières. Pauline Aubry émaille son reportage d’explications médicales éclairantes et accessibles à tous, mais elle porte aussi un regard plus large sur l’adolescence.

« L’adolescence c’est comme une peinture, on sait la regarder, mais on ne sait pas la comprendre. »

Recourant abondamment à la mise en abyme, elle opte pour une approche autobiographique teintée d’autodérision. Pourtant, la gravité est toujours présente. Elle organise l’album, qui tient véritablement du documentaire, en plusieurs grands chapitres correspondant à des questions fondamentales ou à des grandes thématiques liées à cette tranche d’âge.
Qu’est-ce que l’adolescence finalement ? Comment ce-t-elle « quand les choses de l’enfance perdent de leur intérêt » ? « Quand on a trop d’acné et pas assez d’amis » ? « Quand on remplace son jouet fétiche par son groupe préféré » ? Quand en sort-on ? Comment devient-on adulte ?
Comment se manifeste-t-elle ? Pourquoi ? Faut-il forcément en passer par la détestation des parents ? Comment survivre en mode parents, sans détester ses propres gosses ?
Le propos est intelligent, éclairant, presque un tantinet didactique. Il ne fait nul doute que cette lecture peut trouver des échos favorables tant chez les parents inquiets, démunis ou simplement curieux, que chez les jeunes en mal de sérénité. Ajoutons à cela que les citations extraites de son agenda de 4°C saurons aussi les réjouir.
Cela ne sera pas forcément le cas du graphisme. Je n’ai adhéré ni choix des vignettes aux allures de pastilles de couleurs ni au trait à la fois caricatural et minimaliste.

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Lecture effectuée dans le cadre de la-bd-de-la-semaine, hébergée cette semaine chez MO’du blog Bar à BD

14 commentaires

  1. Tentée. Très tentée même !! Ce que tu en dis me plait et me donne vraiment envie de lire cet album. Le titre associé au sujet traité me fait penser à un album de Burns : « Black Hole »

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      • C’est réellement une association d’idées qui se construit sur le sujet de l’album que tu présentes. Parce que graphiquement, l’album de Charles Burns est beaucoup plus torturé (ambiance graphique en noir et blanc, rien n’est humoristique, emploi important de la métaphore…)

        Aimé par 1 personne

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