Ghetto Brother, une légende du Bronx, Julian Voloj et Claudia Ahlering, Steinkis, 2014


GhettoBrother_Couverture

Pour leur premier album à tous les deux nos deux auteurs s’intéressent à Benjamin Melendez , alias, Benjy qu’ils ont rencontrés en 2010. A travers ce biopic, ils plongent le lecteur dans les années les plus sombres du Bronx.
40 ans après, Benjamin se souvient du South Bronx et de la mort absurde de Black Benjy dans le South Bronx alors qu’il s’apprêtait à délivrer un message de paix. Une longue analepse redonne vie à cette jeunesse mouvementée…
Certains se prenaient alors pour des rois, sans réaliser que leur royaume n’était que ruines
Les rues partageaient le quartier comme autant de frontières … à chaque ethnie son secteur, ses gangs, et entre les ethnies haine et violence. Impossible de jouer les affranchis ou les pacifistes,le meilleur gage de survie restait encore le gang, malgré les dangers et les violences qu’il supposait. La peur qui les tenaillait se trouvait en outre compensée par des montées d’adrénaline stimulantes, des sensations fortes et un sentiment d’appartenance fort. Le gang était en quelque sorte la famille qu’ils s’étaient choisie et qui avait bien voulu les accepter. C’était un territoire, mais aussi un insigne sur un blouson, un nom, un symbole, à l’image des poubelles signifiant les conditions de vie délétères qui figuraient sur celui des Ghetto Brothers, le gang de Portoricains dirigé par le jeune Mélendez. Ainsi avaient-ils l’impression d’exister au-delà de la pauvreté, de l’immigration, de l’adaptation, des confits générationnels, sous les yeux inquiets de parents qui avaient pourtant rêvé d’Eldorado. Perdus entre deux mondes, deux cultures, égarés dans des squats, des paradis artificiels et leurs dommages collatéraux, tous cherchaient finalement la même chose en cultivant violemment leurs différences.

« Mais la violence nourrissait la violence. »

Ce n’est pas pourtant l’évocation de cette violence qui fait de ce récit un témoignage exemplaire, mais bien les espoirs de paix entrevus par certains, qu’il s’agisse du Black Panther Party, de la Universal Zulu Nation ou de la United Bronx Parents…A cela s’ajoute le parcours spirituel du narrateur.

« La trêve avait élargi notre monde » et ouvert la voie au hip hop…

Au delà de cette jeunesse et de ses errances, l’album évoque aussi l’histoire du Bronx, un ancien quartier populaire rendu invivable par l’urbaniste Robert Moses et son plan de renouveau urbain . Ironie de l’histoire !

Le scénario m’a semblé trop didactique, peut-être parce qu’il tient plus du documentaire que du récit. Je suis restée gênée par une certaine raideur, une articulation difficile entre l’intention et le dire. J’ai davantage apprécié le découpage original des planches qui soutient la tension dramatique et le sujet, le recours aux inserts et le dynamisme du graphisme. Le choix du noir et blanc colle bien au sujet et à l’époque et je suis assez fan du trait au fusain.

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Lecture effectuée dans le cadre de la-bd-de-la-semaine hébergée cette semaine chez Noukette.

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