« Un sac de billes » T 1, Vincent Bailly et Kris, Futuropolis, 2011


 

Après pas mal de galères hier, je vous propose finalement aujourd’hui  un détour par le premier tome de cette trilogie consacrée à l’adaptation du roman de Joffo, qu’on ne présente plus. Je l’ai découverte au hasard d’un petit salon du livre de la jeunesse à Maurice et je ne regrette pas cette acquisition. Je n’en ferai pas mon coup de cœur de l’année, mais elle mérite qu’on s’y attarde.

Lorsque l’album s’ouvre, on respire encore le bonheur, on savoure toujours la liberté de jouer dans la rue Marcadet et le quartier Montmartre. En 1941, lorsqu’on a une dizaine d’années, les atrocités de la guerre semblent lointaines. Quand on « chiale », c’est simplement parce qu’on vient de perdre sa dernière bille.
Paris est occupée pourtant, et les Allemands fréquentent même le salon de coiffure du père, un homme dont je vous laisse savourer l’humour pince-sans-rire :

« Il est vrai que la France sait accueillir les étrangers »

Si la mère nourrit quelques inquiétudes quant à la situation, le père, fort de son amour pour la France, reste confiant.

« Tant que ces mots, liberté, égalité, fraternité seront écrit sur les mairies, ça veut dire qu’on sera tranquilles ici »
Avant de sombrer dans la guerre, le scénario de Kris s’attarde pour notre plus grand plaisir, sur cette relation tendre et complice de Maurice et Joseph avec ce père qui leur raconte l’histoire des grandes figures familliales comme Grand Père Jacob, un homme heureux, courageux et aimé de tous avant les pogromes d’Odessa, l’exode et l’arrivée en France. Autant de récits qui nourrissent leur imaginaire et les rend plus forts.

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Puis soudain tout change, le bonheur se complique : plus de billes, plus de cinéma, juste des interdictions et des étoiles jaunes, et la mission d’être le premier à l’école « pour faire chier Hitler ». Certains copains deviennent des ennemis, d’autres veulent troquer un sac de billes contre une étoile…Il faut tout quitter, partir parce qu’on est juif, apprendre à ne pas dire qu’on l’est, sans savoir même ce que le mot signifie. Maurice et Joseph, se lancent vaillamment dans cette odyssée et le lecteur apprécie leur débrouillardise, leur capacité à s’émerveiller malgré tout devant la mer, leur fraîcheur.

J’ai bien aimé le rythme du récit et les choix scénaristiques de Kris qui mêle parfaitement humour, légèreté et gravité. Il n’oublie pas que c’est avant tout une histoire d’enfance, même si le contexte mondial tendrait à vouloir leur voler ce temps- là. Il met en avant aussi les relations humaines, entre solidarité et noirceur de l’âme.

Le dessin de Vincent Bailly, qui n’est pas sans rappeler l’art du poulbot, restitue aussi à la perfection ce parfum d’enfance. Le jeu avec les formes et les dimensions des cases n’est pas étranger à l’intensité dramatique ; les détails en font presque un document d’époque. Vincent Bailly prend aussi le parti de varier totalement son univers graphique pour distinguer le récit premier des récits enchâssés.

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Lecture effectuée dans le cadre de la-bd-de-la-semaine hébergée cette semaine chez Yaneck

16 commentaires

  1. J’ai lu le roman il y a des années ! Je retrouverai cette histoire avec plaisir, surtout si elle est bien adaptée comme ça à l’air d’être le cas.

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