discussion « Comme des images », Clémentine Beauvais, Editions Sarbacane, 2014


Impression

L’adolescence et ses rêves, sa nonchalance, ses désespoirs, ses élans parfois insensés constitue un sujet de choix pour la littérature jeunesse. Outre les historiettes, les amourettes et les délires entre amis, il est aussi question de sujets plus graves, de crises identitaires, de déviances, de mal-être, de maltraitance. On ne compte plus les titres qui osent dire tout haut ce que l’on tait parfois. Racket, viol, inceste, ostracisme et autres ravages imputables aux nouvelles technologies inspirent les romanciers et parlent à nos ados.

Clémentine Beauvais se penche ainsi sur les répercussions que peut avoir l’envoi d’un mail collectif associé à une pièce jointe. Mais au delà de cet élément déclencheur, elle sonde les différents ressorts du verbe EXISTER dans le contexte de la gémellité.

Ce récit, qui a des allures de tragédie moderne, se déroule l’espace d’une journée de cours au lycée Henri IV. Il échappe cependant à l’immobilité du huis clos par un jeu d’analepses et de prolepses qui rythment la narration et jouent habilement avec le suspense. Le choix du lieu est intéressant à plus d’un titre. Il souligne d’abord l’idée qu’aucun établissement n’est préservé, qu’aucun ado n’est à abri d’une dérive. La configuration des lieux, la tour Clovis, les coins et recoins participent à l’intensité dramatique. Reste alors l’esprit des lieux, cette concentration d’élitisme et cette ébullition des esprits dans une classe de seconde, partagée entre ses restes d’enfance, une dose d’inconscience et cette énorme pression tout aussi scolaire que sociale. On ne fréquente pas un tel lycée sans s’imaginer en classe prépa, puis dans une grande école. Polytechnique et HEC hantent toute existence. On se rêve ministre, grand avocat, chirurgien de renom. Tous, ou presque, se battent pour obtenir le sésame, le passage en première S, seule solution pour ne pas rater sa vie.

Ce temple de la raison et de l’ambition voit cependant sa tranquillité perturbée. « Il y a un corps dans la cour du lycée Henri IV », « un corps inerte comme une sculpture ». Il fait évidemment désordre et vient clore une journée riche en événements qu’on aurait voulu éviter. Tout a commencé avec une rupture quelques mois plus tôt. La sublime Léopoldine, qui assure aussi parfaitement dans le rôle de première de la classe, a mis fin à sa longue histoire d’amour avec Timothée. Elle lui a préféré Aurélien, « l’intello binoclard », totalement inexpérimenté dans le domaine des amours. La narratrice, sa « copine kleenex », ne comprend pas forcément ses choix mais les respecte, au grand désespoir d’Iseut, la jumelle de Léo, qui ne s’explique ni son attachement ni son aveuglement pour sa sœur un tantinet manipulatrice.

Ce jour là, le lycée est en émoi. Tous, personnels, parents, élèves ont reçu le même mail assassin, un courriel associé à un lien vidéo révélant Léopoldine dans sa plus grande intimité. Pour certains c’est l’occasion de rire et de se venger un peu de cette arrogante, pour d’autres c’est un cataclysme, notamment pour Iseut, plus que jamais confrontée à leur ressemblance…

Cette lecture m’a séduite tant par l’écriture, incisive à souhait, que par la construction de son intrigue. Les thématiques abordées ne laissent pas indifférent non plus. Encore une fois, on ne peut que se féliciter des choix éditoriaux de sarbacane !

 

 

 

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