discussion « Olympe de Gouges », Catel et Bocquet, Casterman, 2012


 

 

Si nous connaissons presque tous son nom et si nous parvenons à l’associer à la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » rédigée en septembre 1791, nous sommes moins familiers avec les détails de son existence. Et pourtant quel tempérament ! Quel destin que celui de cette « bâtarde » !

José-Louis Bocquet et Catel Muller, qui se sont aussi associés dans un chouette album consacré à Kiki de Montparnasse, se proposent donc d’y remédier dans un biopic de 406 pages complété par une chronologie, des « notices biographiques des personnages principaux et secondaires de la révolution d’Olympe, accompagnées de portraits ». S’intéresser à la vie de cette femme haute en couleurs, revient en effet à traverser tout un pan fort mouvementé de l’histoire de France et à fréquenter des gens de lettres et des révolutionnaires.

L’album s’ouvre en 1748 sur une scène intimiste à l’Hôtel de Pompignan à Montauban. Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, président de la Cour des Aides et poètes à ses heures perdues, auteur d’une Didon qui connut un certain succès, et Anne Olympe Gouze savourent un moment volé à leurs existences et aux convenances sociales. Ces deux là s’aiment d’un amour fou plus ou moins impossible puisque Anne est l’épouse d’un boucher, que Jean-Jacques est son parrain et qu’ils n’appartiennent pas à la même classe sociale. Elle accouche cependant d’une fille, une garce, prénommée Marie Olympe, qui grandira aux côtés de son frère Jean et de sa sœur Jeanne. A la mort de son époux, Anne aspire rapidement à quitter son statut de veuve scandaleuse, mais Jean-Jacques reste sourd à d’éventuels projets de mariage. Elle se résoud donc à épouser M. de Cassaigneau, un homme assez austère qui pèsera lourd sur la prime jeunesse de notre Olympe.

Le scénario se présente alors comme une balade du sud retraçant l’ambiance de l’époque, le quotidien et ses petites particularités comme la promenade au pilori ou la rencontre avec le  meneur de nourrissons. Marie grandit, rivalise de beauté avec sa mère, se gâte l’esprit avec la bibliothèque bleue qu’elle lit à Fanchon, la domestique, et goûte ses rencontres avec Valette, jeune poète et humaniste. Du haut de ses seize ans elle aime le théâtre, les discussions sur Voltaire et Rousseau et peine à supporter son beau-père et ses projets de mariage avec Aubry, un homme de bouche. Elle conçoit ce projet matrimonial comme un véritable complot ourdi par sa famille  et tente de résister, préférant définitivement la fréquentation des livres à celle des tripes.

Hélas, le destin tient quelquefois à trois fois rien. Un quiproquo, une méprise, un mot de trop ou de moins peut nous acculer à des choix regrettables. Marie devient donc l’épouse d’Aubry, un être à l’esprit aussi fin que son ventre rebondi, et lui donne un fils, Pierre, qui jouera toujours un rôle primordial dans le déroulé de sa vie. Du haut de ses 18 ans, elle ne trouve aucune satisfaction dans ce mariage subi qui ne correspond nullement à ses idéaux. Elle appréhende le mariage comme « le tombeau de l’amour », persuadée qu’  « il ne peut y avoir l’amour conjugal et l’amour passion dans le même corps. ». Cette expérience ne fait donc que conforter son féminisme naissant et ses envies de liberté. Aussi, ce coup de pouce du sort qui fait d’elle une jeune veuve, lui offre-t-il la voie d’une existence qui sera sienne, en dépit de la morale, de la famille et du statut que l’on réserve généralement aux femmes.

« Mon fils n’a plus de père et pourtant je me réjouis d’être une femme sans époux. Ce malheur divin est ma providence ? »

Marie devient définitivement Olympe, jetant aux orties un prénom trop connoté, trop sage, trop chaste et transforme son nom de jeune fille comme pour mieux signifier sa rupture avec la norme sociale. Malgré son amour profond pour Jacques Biétrix de Rozières, qu’elle suit à Paris, « le centre du monde » dès 1773, elle s’accroche à cette liberté, fermement décidée à construire chaque moment de sa vie. C’est un tout autre horizon, vaste, enthousiasmant mais aussi chaotique, qui s’ouvre à elle. Ses rencontres avec des gens de lettres et sa furieuse envie de répandre ses idées la conduisent au théâtre, dans les coulisses comme sur les planches. Son goût pour le débat, son sens de la polémique, son sens de la liberté et de les responsabilité, la conduisent à épouser bien des combats comme ceux de l’esclavage, de la Révolution, du droit de vote des femmes. Audacieuse, quelquefois effrontée, déterminée, elle n’a de cesse de lutter avec ses mots et elle ne ménage pas sa peine, au risque de finir sur l’échafaud. Elle placarde tout Paris de ses pamphlets et son nom résonne dans bien des antichambres du pouvoir.

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José-Louis Bocquet s’appuie donc sur un scénario très complet pour rendre hommage à une femme certes, mais aussi à l’engagement. Il mêle adroitement la petite histoire et la grande et sans didactisme aucun nous livre une leçon d’histoire palpitante, non dénuée d’humour.  Catel Muller fait le choix du noir et blanc, ce que je regrette toujours un peu. Elle nous offre cependant un dessin d’une grande générosité, foisonnant de détails. Elle peint son héroïne avec beaucoup de tendresse et contribue merveilleusement à la dimension historique du biopic. Son trait dynamique apporte beaucoup de vivacité au récit.

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