discussion « Le tableau noir », Samira Makhmalbaf, 2000


 

Dans la famille Makhmalbaf demandez la fille. Laquelle me direz-vous ? Chez les Makmalbaf, on nait dans le cinéma. Mohsen, le père est un célèbre réalisateur iranien, sa femme aussi. Sa fille Hana s’est illustrée à l’âge de 18 ans avec « Le cahier », Samira était à peine plus âgée lorsqu’elle réalisa « Le tableau noir » dont son père a cosigné le scénario.

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Le récit se déroule dans le Kurdistan iranien, une zone de guerre désolée, une région montagneuse hostile, régulièrement sous le feu des bombardements. Une bande d’instituteurs en mal d’élèves arpentent des sentiers escarpés, tableaux noirs sur le dos. C’est un métier qui ne rapporte plus. La population n’a plus les moyens ou se voit contrainte de se consacrer à d’autres tâches. Reeboir le déplore et regrette de ne pas avoir écouté son père qui lui conseillait de devenir berger. Leur quête prend ainsi des allures d’épopée. Les tableaux sont lourds, encombrants, facilement repérables par les pilotes. Il faut les camoufler avec de la boue. Avec beaucoup de poésie, d’humour d’inventivité Samira Makhmalbaf décline toutes les fonctions possibles de ces accessoires, tour à tous boucliers, brancards, portes, étendoirs à linge…

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A la croisée d’un chemin, le groupe se scinde pour multiplier ses chances. Chacun son destin ! Saïd entame une ascension délicate, Reeboir continue droit devant. Le montage alterné nous permet alors de suivre leurs odyssées respectives.  Saïd rencontre une bande de jeunes gamins s’adonnant à la contrebande, tandis que son camarade se joint à une horde de vieillards qui cherchent à rejoindre la frontière irakienne. Il rencontre également Halaleh, une jeune veuve, tout aussi silencieuse que rebelle à son enseignement, dont il tombe amoureux.

La réalisatrice fait le choix de la répétition, des paroles lancinantes qui piétinent comme pour restituer la terrible langueur des jours arides et de l’exode. Elle s’appuie sur le jeu brut de comédiens non professionnels, criants de vérité et filme magnifiquement leurs visages. On peut souligner la qualité de la photo d’Ebrahim Ghafori de ce point de vue. Son propos est émaillé de références (on reconnaît les moutons d’Ulysse) et de symboles qui dynamisent quelque peu le rythme extrêmement lent du film. Plus que l’action, ce sont les états d’âme et les peines, les relations humaines qui dominent. Je terminerai sur un petit conseil : optez pour la version sous titrée, le doublage en français est assez catastrophique.

 

 

 

4 commentaires

  1. Le cinéma iranien porte en lui une humanité et une poésie débordante. Avec La Pomme Samira m’avait bluffé, tout ce qu’elle a confectionné par la suite a été superbe.

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