discussion « Vertiges », Franck Thilliez, Fleuve Noir, 2011


 

Voilà un roman quelque peu atypique de Franck Thilliez en ce qu’il ne se présente pas véritablement sous la forme d’une enquête. L’idée de fond c’est que chacun de nous conserve des secrets qu’il s’efforce d’enfouir au fond de sa mémoire. Mais certains sont plus lourds que d’autres, plus incriminants aussi. Ils peuvent alors nous hanter, à moins que ce ne soit le passé qui rattrape et qui nous demande des comptes.

 

C’est ainsi qu’un ancien alpiniste, rangé des piolets et des sardines, renoue brutalement avec des instincts de survie qu’il croyait oubliés lorsqu’il se réveille enchaîné dans un glacier. Comment Jonathan Touvier est-il passé du chevet de Françoise à l’hôpital à ce gouffre sombre? Ce n’est tout de même pas la mélasse infâme qu’il a avalée qui l’a mis dans cet état. Comment expliquer ses entraves métalliques aussi? Ce photophore frontal de spéléologie? Ses vêtements de montagne? La perte de son alliance? La présence d’un mange-disque tellement insolite en ce lieu pour le moins étrange et frigorifié? Non, décidément rien ne rime à rien! Mais cela le plonge tant dans ses souvenirs, la haute montagne, le vertige de l’inconnu, « Survivre dans toutes les conditions », l’ouvrage écrit par Max Beck, son compagnon de grimpe, qu’il a le sentiment « d’un hold up intérieur ». Michel Marquis, enchainé lui aussi et dissimulé derrière un masque de fer, n’en sait pas plus, Farid Houmad, le troisième otage non plus. Mais tout porte à croire qu’ils sont « désormais unis pour le pire », confrontés à un plan on ne peut plus machiavélique, un piège réglé comme du papier à musique qui vise à interroger leurs résistances et leurs instincts primaires: « Qui sera le voleur? Le menteur? Le tueur? »

Thilliez nous embarque ainsi dans un huis clos glacial. En mode survie, le souffle retenu, nous suivons l’évolution de ces trois hommes. Les pages se succèdent et les poussent dans leurs retranchements, à la limite de l’humanité.

Le récit, haletant, oppressant à souhait, est émaillé, en tête de chapitres, d’assez longues citations essentiellement puisées dans des récits de montagne. Ces lectures de Jonathan Touvier contribuent à la tension dramatique du récit dans sa globalité, mais participent aussi de la construction du personnage.

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