discussion « La salle de bains du Titanic »,Véronique Ovaldé, 2010: une pépite!


« La salle de bains du Titanic », Véronique Ovaldé, 2010, illustrations Anne-Lise Boutin
Recueil de 3 nouvelles initialement parues dans Le Monde 2, Télérama, et dans le recueil collectif « Des nouvelles de La Fontaine », publié chez Gallimard

 

Ces 3 courts récits peuvent se lire séparément, mais ils trouvent cependant leur cohérence, et surtout leur souffle signifiant, dans leur croisement puisqu’ils se construisent autour de trois 3 moments marquants de l’existence de Vienna.
Vienna se souvient de ses 6 ans, de ses jeux et de ses discussions avec son frère Jules, quand ils croyaient que tous ceux qui n’avaient pas de nombrils étaient des martiens. Sur la plage de Camerone, ils n’avaient donc de cesse d’observer les ventres étalés sur les serviettes, en quête d’extra-terrestres « qui auraient choisi, pour une raison mystérieuse, de s’adonner au jokari plutôt que de sillonner la galaxie ». Elle ignorait alors, malgré une imagination débordante, que le monde peut quelquefois basculer, le temps de courir derrière un lapin dans les dunes, « comme s’il y avait eu un infinitésimal raté dans sa rotation ». Elle ignorait que la vie est fragile, que les cellules peuvent être malicieuses, les hommes maléfiques. Elle ignorait que l’eau prendrait d’autres saveurs, d’autres nuances, que les peur, les obsessions sanitaires et sécuritaires prendraient le pas sur son aspiration à la mesure et à la juste note.
L’écriture de Véronique Ovaldé est toujours aussi particulière, percutante et étonnante de poésie. Cette auteure a vraiment le sens des images insolites, presque surréalistes. Ces associations improbables opèrent comme des multiplicateurs de sens et confèrent une profondeur incroyable à chacune de ses phrases alors qu’elle joue admirablement avec l’implicite, l’indicible et les non-dits. Cet art consommé du suggéré, du sens enfoui, convient parfaitement à la thématique abordée, à cette horreur qu’on voudrait à jamais ensevelie sous le poids des ans au fin fond de sa mémoire. Quelques mors sur les illustrations d’Anne-Lise Boutin pour finir. Réalisées au stylo, ou à l’encre de Chine, elles collent à la densité et à la noirceur du texte avec une incroyable sobriété.

2 commentaires

  1. Je les ai lus il y a longtemps, pourtant, je m’en souviens fort bien. L’écriture est puissante, mais elle laisse l’imagination faire son oeuvre.

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