discussion Atelier de Leil (41): La tentation de l’espoir


Peu de temps cette semaine pour participer à l’atelier d’écriture de Leil du blog Bricabook, mais une forte envie de ne pas manquer le rendez-vous quand même.

C’est sur un cliché de Kot qu’il s’agissait de laisser aller sa plume, une photo grave, triste, touchante….Voici donc ma participation.

Leil41

 

 La tentation de l’espoir

Paris s’éveille dans un fourmillement incessant. Les oiseaux de nuit croisent les travailleurs qui regagnent bureaux, magasins ou écoles dans l’espoir d’un jour tranquille. Chacun a le regard embué de sommeil et tous aspirent à retrouver un lit douillet à l’abri des terreurs du monde qui tendent à les ébranler dans leurs certitudes. Les corps se froissent, les yeux se frôlent, les peurs se fondent dans des échanges indicibles. Chacun boit l’once d’espoir qui brille encore dans l’autre, tandis que d’autres se suspectent. Etrangement, les couloirs du métro effraient et rassurent. Etat d’urgence oblige, ils grouillent de policiers que l’on distingue à peine et que l’on confond avec ces armes qui n’étonnent plus. Les parcours sont modifiés, certaines stations fermées, et les contrôles multipliés altèrent le tempo de la valse matinale. On se résigne, on boit sa coupe, on accepte l’inacceptable, juste pour survivre.

Maliah peine chaque jour davantage. Les stations de ce chemin de croix nouveau lui pèsent, la minent, la blessent alors qu’elle rejoint son poste à l’hôpital Cochin. Son air sombre lui vaut de présenter ses papiers plus souvent qu’autrefois, sans parler des fouilles. Elle sent bien aussi ce que valent les écarts suspicieux des autres danseurs sur son passage. Elle comprend que même son panier repas inquiète, que les pigments de sa peau la dénoncent comme une violence potentielle. Cet ostracisme la plonge dans ses souvenirs douloureux, son enfance macabre quelque part à Bamako, l’exode familial, les pertes, l’errance. La reconstruction lui semble alors bien fragile, si vaine…

Sa solitude l’emporte ce matin et pourtant elle lutte pour ne pas céder à la rancœur. Elle se raccroche à l’idée que c’est précisément ce que ces terroristes sèment, le désordre, le chaos, les privations de liberté, la crainte de l’autre et les haines. Elle s’efforce de sourire au strapontin d’en face, elle ne s’offusque pas lorsqu’une mère empêche son gosse de prendre le biscuit qu’elle lui tend. Elle comprend, sans accepter. Fugitivement elle succombe à la tentation de la mort. Cela ne dure pas, elle en a vu d’autres, elle qui sauve tant de vies dans son bloc opératoire.

12 commentaires

  1. Je comprends le besoin d’écrire là-dessus mais moi, je sature de tout ça 😦 Je relirai ce texte le jour où toute cette merde sera derrière nous. Je t’embrasse.

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    • Coucou Miss. cela ne correspond pas à un besoin du tout en réalité. Je ne disposais que de 15 mn, la photo ne m’inspirait guère et j’ai saisi la première idée qui s’est présentée.

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  2. J’ai aimé cet hommage rendu au quotidien douloureux de ces français qui n’ont pas « l’air » d’être français,et qui en souffrent encore plus en ce moment où la suspicion règne…..

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  3. J’ai beaucoup aimé ton texte, un bel hommage à toutes ces personnes injustement suspectées après les horreurs que nous avons vécues et une belle note d’espoir dans la force de ton personnage qui malgré tout, se plie à tout cela et aime tellement la vie qu’elle en sauve et là sans faire de distinction ! merci !

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