discussion « Les tortues volent aussi », Bahman Ghobadi, 2005


 

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Le cinéma iranien recèle décidemment des pépites qu’on ne diffuse pas assez, sans doute en raison de la gravité des sujets abordés, des interrogations qu’il génère, autant de questions qui fâchent ou qui embarrassent.

Dans ce long métrage admirable, Bahman Ghobadi nous plonge ainsi à Kanibo, un camp de réfugiés parmi d’autres en plein Kurdistan irakien, à la frontière turque, peuplé exclusivement d’enfants et de quelques vieillards, sans doute parce que les pères sont à la guerre ou au cimetière.

A travers le portrait d’enfants, il nous donne à voir l’âpre quotidien de ces populations à la veille de l’offensive américaine. Mêlant les registres, du burlesque au tragique, au delà de la boue guerrière, il compose ainsi un hymne à l’enfance, à ses incroyables instincts de survie, à son inventivité, même s’il n’occulte pas ses désespoirs.

La photographie de Shahrian Assadi, superbe, alterne sans concession entre panoramas oppressants et désolés et visages, comme pour chercher à dire silencieusement ce qui n’a pas de mots.

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Le récit s’ouvre sur le mode de l’humour. Tout le camp, avide d’information, compte sur Kak Satellite pour savoir ce qui se trame dans le monde. Ce village sauvage, sans eau, ni électricité, ni école, connait un problème avec les ondes qu’il s’agit de circonscrire. Bravant l’interdiction religieuse, chacun se cotise pour installer une parabole. Tandis que les plus âgés découvrent les charmes télévisuels, entre musique rock et femmes peu vêtues, les plus jeunes déminent les terres avoisinantes, récupère les munitions dans l’espoir d’un commerce juteux et apprennent à accepter Agrin, son frère et son fils, les nouveaux venus.

Chacun ici a son histoire, ses blessures, au propre et au figuré, ses meurtrissures, ses peurs, mais la vie s’organise. Livrés à eux-mêmes, ces gosses tentent de se recréer des structures, des valeurs, des buts. Kak, superbement interpréta par le jeune et talentueux Soran Ebrahim, s’impose ainsi comme l’un des piliers du camp, par sa force de caractère, sa générosité et son sens des responsabilités. En véritable chef d’orchestre, il distribue le travail, les ordres, mais aussi les soutiens.

les tortues volent aussi 2005 bahman ghobadi COLLECTION CHRISTOPHEL
les tortues volent aussi
2005
bahman ghobadi
COLLECTION CHRISTOPHEL

Peut-on, comme certains rares critiques, reprocher à Ghobadi d’avoir trop exploité la veine de l’enfance au profit d’un pathos facile? Je ne pense pas. Ces enfants abandonnés dans la guerre, ces jeunesses volées, brisées, sont hélas une réalité qu’il convient de regarder en face même si cela nous dérange.

« Les maths et les sciences, ils connaissent, ils doivent apprendre à utiliser les armes », explique Kak à l’instituteur, assis à son bureau perdu en pleine nature…Il s’agit pour lui d’apprendre à se défendre, mais nous savons tous qu’il peut en être autrement.

 

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