discussion « Ce que le jour doit à la nuit », Yasmina Khadra


JOURNUIT
« Ce que le jour doit à la nuit » est l’un de ces romans d’apprentissage qui vous content les éveils, les échecs, les ruptures et les espoirs d’un être au parcours plus ou moins accidenté. Mais au delà, c’est aussi le parcours d’une Algérie française qui vise à s’émanciper de la tutelle coloniale, à penser et à agir par elle-même. Khadra pose ainsi la question de l’identité et du déracinement.
Le récit se présente comme une autobiographie fictive dans laquelle le narrateur évoque d’abord son enfance auprès de sa famille bédouine dans les années 30. C’est le temps de la faim, du travail dur et des conditions de vie âpres entre taudis, cultures sans cesse menacées et tentatives vaines de son père Issa.
« Ce n’était pas une vie; on existait, et c’est tout. »
Originaire d’une famille aisée, Issa, héros de l’échec, a fait le choix de la terre, mais se voit contraint à un renoncement. Vient alors le temps de l’exode vers Oran où la famille rejoint le flot des déshérités dans une ville où le travail se fait rare. Orgueilleux et décidé à être un homme, Issa refuse en partie l’aide de Mahi, son frère, pharmacien, et il installe les siens à Jenane Jato, « un foutoir de broussailles et de taudis ».
« c’est à moi seul de remonter la pente ».
La vie des femmes s’organise dans cette foule bigarrée, les enfants s’occupent, aident mais il est bien délicat de manger à sa faim, d’échapper à la violence des ruelles et aux tensions familiales croissantes.
Dans ce monde où la superstition conserve un poids certain Issa se pense maudit et confie finalement son fils à Mahi et son épouse Germaine, une française, installés dans un tout autre quartier. Younes devient alors Jonas ….une dualité qui ne va pas de soi, surtout dans un pays en quête de ses racines et de ses valeurs essentielles.
J’ai beaucoup aimé le regard porté par l’auteur sur cet être devenu hybride que l’on voudrait contraindre à choisir un camp… Sa langue puissante restitue superbement cette ambiance de la décolonisation progressive mais elle dit aussi magnifiquement les doutes, les difficultés à exister de Younès, l’un de ces êtres que les circonstances rendent insulaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s