discussion « Pagli », Ananda Devi, Gallimard, 2001


Pagli
Ce roman, publié en 2001, nous conte l’histoire de celle qu’on nomme Pagli, une jeune femme blessée venue s’embourber à Terre-Rouge. Terre-Rouge, ce lieu qui « s’ouvre comme une fissure entre les pieds de la terre », ce lieu « où le soleil a une autre couleur ».
Comme souvent, Ananda Devi fait le choix de la première personne et nous projette ainsi au cœur de cette existence violée, volée, qui se raconte et qui mêle ses souvenirs à son présent. Le lecteur frémit alors de ses douleurs, de ses espoirs, de ses révoltes et mesure toute la portée de cette tragédie.
Cette jeune femme a gagné Terre Rouge le jour de la Cérémonie, ce jour qui aurait pu être une fête mais qui sonnait déjà comme une vengeance puisqu’elle n’avait pas d’autre choix. Elle est venue épouser cet homme qui n’existait déjà plus pour elle et auquel elle se refusera toujours.
« c’est ainsi que je construis ma haine : en la nourrissant de la mémoire. »
Elle sait d’emblée que l’attend « une vie frangée de moisissures » dans « cette maison en béton, peinte comme un gâteau de mariage en rose et blanc », cette demeure plus glacée que le sucre où elle restera une étrangère.
« Je suis une écharde ».
Son seul soutien, elle le trouve en Mitsy, la femme de Licien, la folle à la robe rouge qui ne faillira jamais et qui lui ressemble tant dans ses désirs et ses révoltes insensées.
Pour le village, Mitsy est aussi une pagli, une folle, en ce qu’elle ne se conforme pas aux usages, aux plis de la vie que l’on attend d’elle.
« Son chemin et le mien seront toujours ainsi, jonchés de ronces et d’échardes et de brisures. »
Mais le roman est aussi l’histoire d’une folie d’amour, d’un amour absolu pour Zil, simple pêcheur.
« Je suis frappée de la folie d’amour. »
A l’aune de ses sentiments immenses et intarissables, le récit se fait hymne à l’amour. Cet homme est son île, son refuge, son éveil à la sensualité, son désir et son droit d’aimer qu’elle veut exercer, dûsse-il lui en coûter la vie.
« Enfin aboutie, je peux mourir. »
Cet amour la gagne, la mène, mais les mofines jalouses et mauvaises, les autres médisants, la guettent.
La violence terrasse, le chant d’amour subjugue, et comme chaque fois, la musique si particulière de cette écriture poétique, dans toutes ses nuances, conte la puissance de la littérature, son incroyable capacité à explorer l’humain et à le pousser dans ses retranchements, dans ses enfermements aussi.

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