discussion « La terre qui penche », Carole Martinez, Gallimard, 2015


Je l’attendais impatiemment, et je ne suis pas déçue ! Le dernier roman de Carole est un délice !

martinez

Elle poursuit avec la veine médiévale qui lui va si bien et nous conte les aventures et mésaventures de la petite Blanche dans un récit qui fait la part belle aux légendes, à la magie et à la poésie. Elle parvient aussi à transcender le temps et à relier cette histoire à notre contemporanéité en imaginant un dialogue continu entre cette héroïne du XIV° et son âme toujours vivace.

« Je t’écoute conjuguer jadis au présent et je m’émerveille »

Orpheline de mère, Blanche est élevée à la dure par un père meurtri qui reporte ses souffrances et ses blessures d’amour sur ses proches. Vive, intelligente, forte comme un chardon, elle aspire à lire et écrire, fascinée par les mots, mais son géniteur ne voit là que diableries. C’est un peu la malédiction des filles de l’époque, essentiellement promises à devenir des épouses et des mères.

Son père songe d’ailleurs à la marier avec Aymon, le dernier rejeton de Jehan de Haute-Pierre, le seigneur du château des Murmures. Blanche rencontre donc ce jeune garçon très particulier, « chasseur de brouillard », « grand souffleur de brumes », qui communique plus facilement avec la nature et les éléments qu’avec les hommes. La révolte et la ténacité de Blanche et l’innocence d’Aymon se conjuguent à merveille au sens étymologique du terme, pour le plus grand bonheur du lecteur qui s’attache à ce duo étonnant.

Tous deux oscillent entre bonheur sublime et adversité, ballottés entre soutien bienfaisant et individus malveillants. Carole Martinez nous propose ainsi toute une galerie de portraits contrastés qui achève de donner à la narration toute sa saveur. Dans une écriture fort poétique, musicale et parfois intensément sensuelle, elle nous embarque dans les bois ou au bord de la Loue, cette rivière-femme étrange, et nous oblige à larguer les amarres pour un voyage dans un espace temps qui échappe à la raison, mais non aux émotions.

Ce roman est aussi une fort belle réflexion sur la figure du père, sur la féminité et la condition des filles mais aussi sur l’amour.

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