discussion « Le soliste », Joe Wright, 2009


soliste

La schizophrénie est un sujet qui inspire décidément beaucoup le cinéma, à croire que certains comptent sur cette thématique pour s’assurer un oscar. Après Ron Howard, Harmonie Korine, James Mangold, c’est au tour de Joe Wright de faire une incursion dans cet univers.

Sur un scénario de Susannah Grant, il s’intéresse au musicien Nathaniel Ayers à travers sa rencontre avec Steve Lopez.

La narration s’ouvre sur un montage parallèle : les rues de Los Angeles by night et les coulisses du L.A Times. A l’heure où les rotatives s’activent, où d’autres distribuent la dernière édition, Steve Lopez est victime d’un accident de la circulation. Le sort ne lui est vraiment pas favorable et cet incident s’ajoute aux difficultés du journal et à ses soucis personnels. Impossible pourtant de se laisser abattre. Il lui faut partir en quête d’un sujet de choix.

Au hasard d’une ballade en ville il croise un étrange violoniste au pied d’une statue de Beethoven. Cette rencontre prend des allures d’apparition, entre le costume surprenant de ce Nathaniel, son instrument qui ne compte que deux cordes et sa logorrhée. Steve découvre alors qu’il s’agit du jeune Ayers, un musicien prodige qui a sombré dans la schizophrénie alors qu’il étudiait à l’école de musique. Depuis, sa musique est la bulle dans laquelle il se réfugie, en marge de toute vie sociale. Pour lui « men are from Mars » !

Steve voit là un sujet de prédilection. Il enquête, cherche à reconstituer et à comprendre le puzzle de sa vie, publie et sensibilise les lecteurs. Parallèlement, loin de rester indifférent à la situation de ce sans-abri, il cherche à lui venir en aide, avec sa logique d’homme « qui va bien » et qui ne s’accorde pas toujours avec les désirs profonds de Nathaniel. Se noue alors une relation étonnante, parfois houleuse, une amitié vraie. Nathaniel le prend pour Dieu et comprend son désir de l’aider mais il s’insurge aussi parfois, persuadé que « l’homme n’a besoin que de ce qu’il peut porter ». Chacun change au contact de l’autre.

J’ai aimé le traitement de ce lien qui se tisse et surtout ce questionnement sur cette assistance qui se fonde sur les principes du donateur sans forcément mesurer les véritables besoins du bénéficiaire. Au-delà, Joe Wright pose aussi son regard cinématographique sur les 90000 sans-abri qui hantent les rues et les foyers d’accueil de Los Angeles, toute une misère humaine dont l’humanité devrait avoir honte. La photo de Seamus Mac Garrey et les décors de Katie Spencer sont ainsi au service d’une dénonciation implicite. Les costumes de Jacqueline Durran vont dans le même sens, même si les tenues de Nathaniel sont à la mesure de sa démesure, empreints de la plus grande fantaisie.

Robert Downey Junior donne toute son ampleur au personnage de Steve, tandis que Jamie Foxx construit un Nathaniel attachant, même s’il en fait un peu trop parfois.

 

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