discussion « Blue Bay Palace », Natacha Appanah, Gallimard Continents noirs, 2004


Appanah
Avec ce second roman publié en 2004, Natacha Appanah s’intéresse au motif de la folie d’amour dans une langue poétique et tragique, une langue effroyablement douce qui nous rappelle la part d’humaine cruauté qui sommeille en chacun de nous, qui peut se taire à jamais mais qui peut aussi sourdre soudainement lorsque la douleur devient insupportable et obsédante.
Le récit se déroule à Maurice, « un pays né du crachat brûlant d’un volcan et dont le profil a été dessiné par les tempêtes et le soleil cardinal. » Jadis « terre récalcitrante », c’est aujourd’hui pour certains un pays-prison dont on voudrait s’échapper.
Le village de Blue Bay, « la toute dernière localité de la pointe, celle après quoi il n’y a que mers et océans, est traversé par une longue route, véritable ligne de démarcation entre les maisons riches du bord de plage et les cases de tôle rouillée. Les enfants s’efforcent de pêcher dans des eaux vides, les chiens s’offrent aux rayons du soleil et les parents triment au Paradis, pas celui du jardin d’Eden, non, mais le palace cinq étoiles qui berce les touristes d’illusions.
C’est là que vit Maya, la narratrice, une enfant in-extremis, la fille inespérée que Saviti et Kavi n’attendaient plus. Elle a poussé comme elle a pu au milieu des cactus vénéneux dans dans l’une de ces masures rouillées, rêvant d’ailleurs, de pelouse anglaise et d’icebergs. Elle n’a finalement pas quitté l’île parce qu’elle aime faire corps avec la mer et qu’elle aime Dave.
Ce dernier, « fils d’un rayon de soleil et du sable » l’a conduite au Paradis à plus d’un titre.
Mais Dave Rajsin, c’est l’enfant riche, l’enfant de la réussite et le fils héritier d’une grande famille sucrière attachée à ses traditions. Toute jeune, Maya ne songe guère à l’avenir et vit son bonheur sans se poser de questions, comme s’il était acquis. « La malbar de Blue Bay » passe outre les préjugés sociaux forcément plus faibles que l’amour.
« Pendant presque une année, il nous a mis en scène comme s’il travaillait un tableau. »
La famille Rajsin cultive un tout autre point de vue et prépare le mariage arrangé du fils chéri, incapable de s’y opposer.
« Il n’y a pas de mariage d’amour dans ma caste. On dit que ça ne dure pas parce que tu te maries pour les mauvaises raisons. »
La découverte est brutale pour Maya, la douleur persistante, obsédante…
Au délà de cette terrible histoire d’amour, Natacha Appanah pose la question de ces mariages arrangés, quelquefois destructeurs et jette un regard sans concession sur les clivages sociaux parfaitement occultés par les images cartes postales qui assurent la promotion de cette île paradisiaque.
Le roman est court, efficace, terriblement incisif et mérite le détour!

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