discussion « Les citronniers », Eran Rikklis, 2008


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Une nouvelle fois, Eran Rikklis, réalisateur Israélien, nous plonge dans le quotidien des territoires occupés. Salma Zidane mène une existence âpre mais tranquille dans sa demeure perdue au milieu des citronniers, sise dans un petit village palestinien de Cisjordanie. Veuve, elle travaille sur cette plantation, seul héritage paternel, avec son fidèle employé.

Même si les récoltes ne sont pas toujours mirifiques et si les cours ne sont pas favorables, Salma aime cette vie là qui se voit pourtant perturbée par les nouveaux voisins.

Derrière le grillage qui sépare sa propriété de la maison voisine, Salma observe l’emménagement luxueux puis l’installation d’un système de haute sécurité et d’un mirador au milieu de ses arbres. Comble de malheur pour sa tranquillité, ce nouvel occupant n’est autre qu‘Israël Novon, le ministre de la défense Israélien. Forts de ce que « les Israéliens dorment tranquilles quand les Palestiniens reprennent espoir », les services secrets ordonnent à Salma de couper tous ses citronniers au prétexte qu’ils constituent une menace pour la sécurité du ministre. On lui propose certes un dédommagement conséquent, mais l’argent n’est rien pour Salma au regard de son héritage. Si ses enfants ne se sentent guère concernés, elle trouve une écoute et une oreille favorable en la personne de l’avocat Ziad Daud.

Salma n’a alors de cesse de mener son combat contre cette décision arbitraire, ce qui n’est pas sans lui valoir des reproches et des menaces de sa communauté. Au-delà de la question des territoires occupés, Eran Rikklis s’intéresse en effet à la condition des femmes et notamment de ces veuves qui n’exercent que très difficilement leur liberté dans une société encore patriarcale. Le film est ainsi, aussi, l’histoire d’un lien entre deux femmes d’origine contrastée, Mira Novon, l’épouse du ministre, et Salma.

Le scénario échappe au prosélytisme et au manichéisme sans écarter pour autant les questions de fond. Il est soutenu par la superbe prestation de Hiam Abbass, toute en sobriété. Nuancé, le jeu de l’actrice apporte une profondeur hors du commun à son personnage. Ali Suliman est également très convaincant et nous offre un Ziad particulièrement touchant.

Mais un film de Rikklis, c’est aussi toute une ambiance, une incursion dans des villages perdus et des contextes difficiles, tendus, toute une esthétique qui s’appuie sur les décors, les costumes, ici la brillante photo de Rainer Klausmann. La poésie est chaque fois au rendez-vous.

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