discussion Atelier de Leil (31) : Là où le vent t’emportera


C’est avec joie que je retrouve cette semaine le chemin de l’atelier de Leil du blog Bricabook.  Le principe est toujours le même: composer le texte de son choix à partir de la photo proposée.

C’est un superbe  cliché de MamanBaobab qui était soumis à notre imagination cette semaine, mais ses couleurs vives m’ont curieusement plongée dans une histoire sombre…

Je vous invite à vous rendre chez Leil, histoire de lire les autres textes, vous y découvrirez sans nul doute quelques pépites…

Leil31

Là où le vent t’emportera…

Son esprit embrumé et engourdi, engoncé dans un costume sombre, peine à se concentrer sur les paroles de l’homme en blanc. Elles se voudraient apaisantes pourtant. Tous sont suspendus à ses lèvres, comme si elles étaient vraiment paroles d’Evangiles. Il lui semble surtout qu’ils boivent le calice jusqu’à la lie!!! Lui, il reçoit chaque mot comme un coup supplémentaire. Il lutte comme un forcené contre cette voix et les inepties qu’elle débite et qui lui hérissent davantage le poil que la fraîcheur de cette matinée d’octobre.
Il n’a qu’un désir…Echapper à cette violence..ne plus sentir la souffrance, cette effroyable douleur qui le broie depuis plusieurs jours…Il se concentre sur l’arrière plan sonore aux tonalités surréalistes. Le pépiement des hirondelles sur les fils électriques, le bruit lointain des voitures et des autoradios…un air de Lady Gaga…le chant du vent dans le moulinet qu’il tient au creux de son poing crispé. Cet étrange couinement le rassure, l’embarque dans un ailleurs cotonneux, un entre-deux étrange. Il le redresse alors pour l’offrir davantage à la puissance de la brise automnale. Le chant s’intensifie, la rotation s’accélère et les couleurs se fondent dans un arc en ciel vivifiant, clin d’oeil ironique à la vie…peut-être pas …
Sa passion pour ces moulins ne l’avait pas quitté depuis l’enfance. Comme pour les mistral gagnant, il n’avais jamais pu résister. Ni sa mère ni la nurse ne pouvait l’emmener au Luxembourg sans qu’il fasse des pieds et des mains pour en obtenir un nouveau. Le mouvement et ses aléas , sans doute, le fascinaient. C’est à cette période que lui était venu ce goût pour la collection de collections…
En papier, en carton ou en soie, ils accompagnaient ses rêveries et lui ouvraient les portes d’un ailleurs toujours différent, qu’il espérait à pleins poumons. Ils effaçaient aussi les doutes, les coups de blues et le bleus à l’âme…Il aimait cette idée que la roue tourne, que la vie prend toujours le dessus…avec ses couleurs vives, invitations au sourire. Tout jeune , il se contentait de les donner aux vents durant ses longues courses. Adolescent, il les confectionnait et expérimentait chaque fois des matériaux nouveaux. Il les déposait alors dans les parcs, les jardins comme autant d’étendards victorieux. C’était chaque fois une petite victoire sur la morosité ambiante, le trop plein de sérieux des vies adultes qui ne savaient plus jouer, qui ne savaient plus rire. Il les semait au gré de ses pérégrinations..Petit Poucet d’un genre nouveau. Il en offrait aussi à ses conquêtes…envie de surprendre toujours, et de se distinguer…oui!
Il sent bien qu’on l’observe…qu’on hésite à l’interpeler, le rappeler à l’ordre. On le juge peut-être… on s’inquiète pour lui..il inquiète aussi…Tant pis … Il s’en fiche! Aveugle et sourd à ce présent aussi absurde que cruel, il se réfugie dans les souvenirs..
Les balades avec Raphael..sa main dans la sienne…ses premières extases devant le marchand de ballons et de moulins à vent…il se remémore la joie de son fils devant les cartons souples et les agrafes parisiennes…papa allait lui apprendre …ils seraient bien plus beaux que ceux du stand…Il sentait ses petits doigts confiants mêlés aux siens…ensemble ils repliaient les bords vers un centre savamment calculé…La précision des gestes et la patience de Raphou l’avaient toujours étonné..Auparavant, ils avaient pris soin de décorer les ailes…des motifs d’abord… puis étaient venus les mots..des mots d’amour, des mots d’espoir, les voeux, les rêves, les attentes, ce que la vie donnerait…ce qui ferait qu’elle serait belle…belle…
Une courte mais ferme pression sur son épaule le ramène à la froidure du moment…c’est son tour.. on en est là… impossible de reculer, juste le devoir d’avancer, sidéré, sans plus d’espoir. La main toujours tétanisée sur la tige fragile, il se dirige vers cette pierre glacée qui enferme désormais les rêves et les sourires. Il sait qu’il ne jouera plus jamais, qu’il ne rira plus non plus, mais dans un immense geste d’amour, il plante leur dernier chef d’oeuvre parmi les roses blanches, persuadé que le vent arrachera au marbre cette âme volée et l’emportera dans la ronde des anges.

13 commentaires

  1. C’est fou de constater que dans la vie, comme dans ton texte, joies et peines se mêlent.,
    Joli rendu de cette dure réalité, rendue plus douce par tes mots.

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  2. J’ai été étonnée par ton écriture, la première fois (je crois) qu’elle est remplie d’autant de points de suspension, à l’image de cette vie en suspens elle aussi. J’aime tes mots, j’aime te lire.

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