discussion « Eclipse totale. Rimbaud Verlaine », Agnieszka Holland , 1997


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J’ai enfin comblé un manque et visionné « Eclipse totale », ce biopic signé d’Agnieszka Holland et consacré essentiellement aux amours tumultueuses de Verlaine et Rimbaud, comme le suggère le sous-titre.
Le récit démarre sur un quai de gare, un gros plan sur des chaussures, de ces souliers qui ont vécu. La pipe à la bouche, le jeune Arthur quitte Charleville, cette ville sotte qu’il abhorre, « ce cul du monde ». Le train chemine par les blés…bientôt il sera accueilli par Verlaine. La magie de la photo de Giorgos Arvanitis opère, nous embarque. On connaît l’histoire mais on pressent bien qu’on va s’accrocher aux basques de cet ado frondeur.
Quelques décennies plus tard, Verlaine rencontre Isabelle Rimbaud, la soeur aimante, dans son QG parisien, le Café André. La démarche de la jeune femme est double: récupérer les manuscrits de son frère décédé dont elle ignore la notoriété et empêcher de nouvelles publications sulfureuses. Son frère aurait retrouvé le chemin de Dieu et se serait finalement renié…Difficile à croire, surtout pour Verlaine. Loin d’accéder à sa demande – et nous l’en remercions chaudement – il préfère raconter, expliquer, justifier…dans un long monologue qui prend la forme d’une longue analepse. Tout en nuances, David Thewlis (alias notre Paul national) n’omet aucun détail et c’est à travers son regard encore fasciné par le souvenir de cet être solaire que Rimbaud, celui qui les « a tous balayé » de sa poésie nouvelle, nous est offert.
Heureux en ménage avec Mathilde Mauté, malgré des beaux-parents peu amènes, Verlaine est immédiatement séduit, happé par ces yeux bleus, cette liberté. Il oscille entre ses deux amours, souffre de l’un à l’autre et sacrifie tout à celui qui veut réinventer l’amour et qui le malmène pourtant régulièrement. Arthur se lasse régulièrement de « cet ivrogne pleurnichard » dont « les pensées sont presque aussi laides que le corps », mais s’affole dès qu’il le quitte.
La réalisatrice rend admirablement compte des tiraillements qui le dévorent et le conduisent à ce geste malheureux : tirer sur son amant.
Elle restitue assez bien aussi l’atmosphère de l’époque, qu’il s’agisse des déambulations au milieu des rats ou des hôtels particuliers, que du diner des Bonshommes, des souleries dans les cafés à coup de verre d’absinthe, « le troisième oeil du poète ».
Assurément documenté, le scénario de Christopher Hampton rend à Rimbaud ce qu’on lui doit. Toujours prompt à s’évader de la réalité, à fuguer, cet enfant prodige de la poésie est animé d’un sens de la provocation constant. Il a « décidé d’être un génie », « d’inventer le futur » ce qui lui semble peu compatible avec le respect des autres et des convenances. C’est là « son grand péché radieux »…!
Cette vision du jeune poète est fidèle à tout ce que j’ai pu lire à son sujet (biographie et autres analyses de Murphy). Le choix de Léonardo di Caprio, pouvait sembler motivé par des raisons commerciales ou autres effets de mode, s’avère finalement judicieux. Je l’ai rarement trouvé aussi bon. Il incarne parfaitement toute la malice géniale de son personnage. J’ai beaucoup apprécié aussi la prestation magistrale de David Thewlis qui ne se laisse pas éclipser par son collègue. Romane Bohringer se glisse parfaitement dans la peau de la pauvre Mathilde…

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