« Le joueur d’échecs » de Zweig au Théâtre de la Rive Gauche (Paris)


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Un pur ravissement!

Alors que la seconde guerre enflamme l’Europe, Stefan Zweig vogue en compagnie de Lotte, son épouse, vers l’Amérique du Sud. Il s’agit au départ de fuir le conflit, d’échapper à la mort, puis à la vie puisqu’elle manque de sel et d’espoir tout autant que Lotte, asthmatique, manque de souffle.

La navigation pourrait sembler bien longue et monotone si Zweig ne remarquait pas la présence parmi les voyageurs du champion d’échecs Csentovic, sorte de brute épaisse, antipathique à souhait, inculte et cupide, en fuite lui aussi. L’idée lui vient alors de confronter cet as de l’échiquier à d’autres passagers, notamment un certain monsieur B, un mystérieux viennois tout juste échappé des mains de la gestapo.

Le texte qui confronte au dessus du plateau de jeu la bêtise, l’inculture et la barbarie à l’intelligence du cœur et de l’esprit prend ainsi des allures de fable jusque dans sa critique de la passion du jeu, un thème récurrent chez Zweig.

Difficile pari pour Eric-Emmanuel Schmitt que celui de se confronter à la puissance du texte de Zweig. Mais force est de constater qu’il relève le défi avec brio. Le texte claque, éclate, s’emporte, retombe, emporte, percute, violente et émeut.

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Seul en scène, Francis Huster endosse tous les rôles et module sa voix en fonction des personnages et des émotions. Véritablement habité par le texte, presque trop parfois, il met son corps entier au service des mots et achève de leur donner toute leur portée. La tirade durant laquelle Monsieur B expose ses démêlés avec la gestapo est particulièrement admirable. Il évolue avec élégance dans le décor sublime conçu par Stéfanie Jarre et sa prestation est parfaitement mise en lumière par les effets de Jacques Rouveyrollis. La création sonore de Maxime Richelme, et la voix off de Lotte, évite toute monotonie et introduit une touche féminine intéressante. La mise en scène dynamique de Steve Suissa donne toute leur vitalité et leur saveur aux duels qui se tiennent sur le plateau.

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Jouée depuis le 3 septembre 2014, la pièce connaît un vrai succès. Vous avez encore jusqu’au 29 août pour profiter de ce joyau au Théâtre de la Rive Gauche. Si le devoir ne m’appelait pas ailleurs, j’y retournerais sans nul doute.

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