« Grâce et dénuement », Alice Ferney, Actes Sud, 1997


Un ravissement!

ferney

Je me suis enfin plongée dans l’univers romanesque d’Alice Ferney avec ce récit consacré au monde des gitans, dont on parle tant sans toujours le connaître.
Le roman s’ouvre sur un incipit flamboyant: « Rares sont les Gitans qui acceptent d’être tenus pour pauvres, et nombreux pourtant ceux qui le sont. Ainsi en allait-il des fils de la vieille Angéline. Ils ne possédaient que leur caravane et leur sang. Mais c’était un sang jeune qui flambait sous la peau, un flux pourpre de vitalité qui avait séduit les femmes et engendré sans compter. »
Alice Ferney évoque d’abord les camps en général et la difficulté pour ces familles de trouver un endroit où se poser.
« Les décharges et les terrains vagues perçaient un paysage de pavillons et de logements sociaux. »
Délogés par la police d’un campement à l’est de la ville, Angéline et les siens trouvent refuge un peu plus loin dans le curieux potager qu’une institutrice à la retraite refuse de vendre à la mairie. « Ils avaient l’habitude de stationner là où on l’interdit. »
Entourée de ses cinq fils, de quatre brus et de petits enfants, Angéline fait face au dénuement et aux épreuves tut en sachant profiter des petits bonheurs si simples qu’on pourrait ne plus les considérer.
« C’était une tribu: personne n’était jamais seul et chacun se mêlait des autres. »
Le personnage de cette matrone, » louve protectrice et nourricière », est l’occasion d’un beau portrait de femme. Au-delà, l’auteure évoque le problème de la sédentarisation progressive, de l’évolution économique, de la perte de la vannerie par exemple, autant de facteurs qui mettent leur subsistance en péril.
Leur petite vie s’organise tant bien que mal sur ce nouveau bout de terre. Certains naissent, d’autres meurent, l’un flirte avec la folie, l’autre avec le découragement. Les enfants, abandonnés à la liberté, goûtent autant qu’il est possible les joies d’une enfance qui n’a rien d’insouciante. Ici ou ailleurs rien n’est voué au changement sauf lorsqu’Esther Duvaux, poussée par un élan généreux, se propose de leur faire la lecture. Cette relation inattendue, brillamment narré par Alice Ferney, n’est pas sans rappeler un certain renard cher au Petit Prince. Il est lent le temps de l’apprivoisement, mais Esther devient la Gadjé et partage chaque fois un peu plus leur univers. Elle noue une relation particulière avec les enfants, mais avec les femmes aussi dans ce milieu où les sentiments s’expriment à l’état brut.
Plusieurs fil se croisent dans ce roman sans concession: le lien qui se crée par le biais de la lecture, la relation respectueuse qu’entretient Esther avec ces êtres qu’elle évite de juger, le cordon qui relie encore Angéline à ses fils, l’amour et la famille aussi. On sa passionne pour les personnages tandis que la langue d’Alice Ferney, poétique et puissante, nous enchante.

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