« La bibliothèque des cœurs cabossés », Katarina Bivald, Denoël, 2015


 

C’est totalement par hasard que je suis tombée sur ce titre. Je traversais en trombe la FNAC bordelaise histoire d’acheter un portable lorsque mon œil fut alerté par cette couverture « so sweety ». Le titre a achevé de me séduire et la quatrième de couverture de me convaincre. C’était à coup sûr le feelgood book qu’il me fallait pour cet été!!! Je dois dire que ce premier roman a tenu toutes ses promesses: juste ce qu’il faut d’humour et de romance avec l’amour des livres en toile de fond.
A l’aube de la trentaine, Sara Lindquist, une jeune suédoise originaire de Haninge fort mal dans sa peau, s’enferme dans les livres au point de ne pas habiter réellement son existence. Il lui semble toujours que la vraie vie est nettement moins passionnante, surtout la sienne.
« Dans les livres, elle aurait pu être n’importe qui n’importe où. Elle aurait pu être dure à cuire, belle, charmante, trouver la réplique idoine au moment opportun et…. vivre des choses. Des expériences. Des aventures qui arrivaient aux vrais gens. »
Peu ouverte aux autres, elle entretient cependant un échange épistolaire avec Amy Harris, une sexagénaire américaine. Leur passion pour les livres les réunit et une véritable amitié les lit. Sara se laisse donc convaincre de se rendre à Broken Wheel, une petite ville en apparence désespérée ou désespérante de l’Iowa, lorsqu’elle perd son job de libraire.

« Sara avait commencé à y travailler à l’âge de dix-sept ans, d’abord à Noel, lors des soldes et des vacances d’été, puis à plein-temps. Ensuite, elle y était restée, à une demi-heure de son lieu de naissance. Il ne lui était rien arrivé de plus passionnant. « 

Ce voyage semble une belle opportunité de rompre avec son désert habituel et de reprendre contact avec la réalité. « Passer son existence à lire n’était pas déplaisant, mais ces derniers temps, Sara avait commencé à se demander si c’était réellement…une vie. »
Pourtant, au premier abord, Broken Wheel s’impose comme une bourgade triste, « comme si des générations de problèmes et de déceptions s’étaient agrégées aux briques et au bitume ». Et ce n’est pas l’annonce du décès et des funérailles d’Amy qui vont atténuer cette première impression, même si certains habitants semblent prêts à l’accueillir. Grâce, la tenancière haute en couleur du snack local, l’invite à fuir « ce putain de trou », cette ville qui ne mérite pas qu’on y reste.
Très vite, Broken Wheel, qui doit son nom à la roue brisé d’un chariot à l’époque de la grande conquête de l’Ouest, révèle cependant ses charmes.

« Dans l’un de ces convois, la roue d’un chariot s’était brisé: Broken Wheel avait été fondée à cause de cette incident et lui devait son nom. La ville avait, semble-t-il, fait de son mieux pour s’en montrer digne ensuite. »

Les habitants, quoique souvent « boiteux », prennent plus ou moins en charge « la touriste d’Amy », avant que cette dernière ne parvienne à réveiller leur quotidien moribond. La narration qui alterne les lettres d’Amy et les chapitres consacrés au séjour de Sara, est ainsi l’occasion d’une galerie de portraits forts contrastés entre Caroline, la grenouille de bénitier coincée, Jen la parfaite american wife, Grace la révoltée, mais aussi le « pauvre Georges », Claire, Josh, Andy et Carl, Tom….autant de personnages qui méritent d’être rencontrés. Certains sont désopilants, d’autres plus agaçants, mais tous sont attachants et tirent bénéfice de ce retour à la vie jubilatoire.
Le récit se présente aussi comme un bel hommage à la littérature, aux livres qui permettent certes une évasion mais aussi une meilleure appréhension du monde et des choses de la vie. Les clins d’œil au cinéma ne sont pas à bouder non plus.

L’un de mes passages préférés:

« Comment pouvait-on exiger des messages d’avertissement sur les paquets de cigarettes, mais pas pour les livres tragiques? Signaler sur les canettes qu’on ne devait pas conduire après avoir bu de la bière, mais ne rien dire quant au fait de lire des histoires tristes sans mouchoirs à portée de main? »

 

4 commentaires

  1. Ton billet donne envie ! Je l’ai regardé à la librairie et je l’ai reposé… Je vais peut-être retourner le chercher alors !
    Bises de Capp

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s