Du cinéma cambodgien!!! « Les gens de la rizière », Rithny Panh, 1994


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Je prolonge le charme et le souvenir de mon premier voyage au Cambodge en m’intéressant à son cinéma dont Rithny Panh est l’un des représentants les plus emblématiques. Le plaisir est double lorsque le film se déroule dans le village de Kamreang dont nous avons foulé la campagne.

Ce long-métrage, qui fit partie de la sélection officielle du festival de cannes en 1994, constitue à la fois une œuvre de fiction poignante et un documentaire magnifique sur la vie dans les rizières. L’ouverture place d’emblée le film sous le sceau d’un esthétisme achevé: fleurs de lotus, symbole national du pays et nasse de pêcheur se voient ainsi sublimées par la caméra. Le regard s’attarde alors sur Sakha et sa krama blanche et rose, une adolescente courageuse et généreuse qui travaille comme un garçon. Elle vit en compagnie de sa famille, dans l’une de ces maisons de bois et de palmes, construites sur pilotis, au cœur de leur lopin de terre. Tous sont alors heureux et chacun vaque à ses occupations savamment réparties. La saison des pluies s’annonce, il est temps de réveiller la rizière, de labourer, semer, entretenir les plans. Poeuv, le père, prépare le matériel, tandis qu’Om, la mère, alterne travaux des champs, soins prodigués à ses 7 filles et prières aux génies de l’eau et de la terre afin de s’assurer une récolte abondante et d’échapper aux calamités. Les filles ne fréquenteront l’école que si une récolte suffisante le permet. Dans l’immédiat, les plus grandes participent aux travaux des champs, confectionnent des épouvantails ou veillent sur les plus jeunes. La famille, qui ne possède pas grand chose, est riche de son courage et de son amour.

Hélas, les signes de mauvais augure s’accumulent. Le malheur prend d’abord la forme d’un serpent, puis celle d’une épine de Krassaing, particulièrement vénéneuse, qui aura raison de Poeuv. Leur vie bascule alors…

Rithny Panh nous narre l’histoire d’un amour désespéré et nous offre à travers Sakha une belle leçon de courage. La photo rend un hommage constant à ce pays qu’il dut fuir au temps des Khmers Rouges mais aussi à la vaillance d’un peuple sans cesse confronté à l’adversité. Ce tableau en clair-obscur, qui nous offre des plans de toute beauté, proches parfois des vanités du XVI°, s’appuie sur la musique de Marc Mander, tout aussi sobre qu’émouvante, ainsi qu’un casting généreux. Malgré la folie et la déchirure de son personnage, Peng Phan, alias Om, joue avec beaucoup de mesure et de vraisemblance. Tout en grâce et naturel, Chhim Nalin, nous prend aux tripes et nous embarque dans son combat sans jamais faillir. Le réalisateur évite le pathos et se concentre sur l’humain, sur ses faiblesses mais surtout sur ses forces inespérées. Il sait aussi faire du riz un personnage à part entière, qui rythme, conditionne et façonne les existences de ces paysans à la manière d’une divinité indispensable mais exigeante. Il est fort probable que je lui trouve désormais un autre goût et que je le savoure comme une denrée semi-précieuse…

2 commentaires

  1. Tu donnes envie, je n’avais pas été très convaincue par son adaptation « d’Un barrage contre le Pacifique » mais là cela semble différent… merci 🙂

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