« Lendemains de cendres » de Séra, Delcourt, 2007


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« Lendemains de cendres » de Sera, Delcourt, 2007
Cambodge 1979-1993

Histoire de prolonger un peu mon séjour au Cambodge, je vais parler aujourd’hui d’une superbe BD cambodgienne signée de Phoussera Ing dit Sera, originaire de Phnom Penh. C’est un dessinateur et scénariste de bande dessinée qui officie également comme peintre sous le nom de Phoussera. Il a émigré en France en 1975 pour fuir l’arrivée au pouvoir des Khmers rouges. Après des études en arts graphiques puis en arts plastiques il a été chargé de cours en BD à l’université de Paris I, mais a aussi enseigné la narration visuelle au CNED ou l’illustration à l’European Graphic Design.
Cet album qui s’intéresse à la chute du régime de Polpot, au pouvoir depuis 1975, est préfacé par Bernard Kouchner, qui rend hommage à la beauté des planches. Le dessin est en effet superbe, même s’il est dominé par des couleurs aussi sombres que les jours vécus alors par la population cambodgienne.

L’album s’ouvre sur une conversation, plus exactement une confrontation entre Nekh, opposant au régime, et son frère, Sokhea, commandant du prestigieux régiment 170. Ils cheminent dans un pays à l’agonie à bord d’une citroen ID19. C’est l’occasion d’évoquer les problèmes alimentaires, la bouillie de riz claire qui laisse le peuple sur sa faim tandis que les cadres du régime peuvent bâfrer; les 12 commandements de la révolution, le seul droit qui est d’obéir; les mines, la mort, la sauvagerie. On découvre ainsi les conséquences de l’angkar, régime communiste inspiré du communisme chinois. Alors que les troupes vietnamiennes envahissent le pays, sous le prétexte de le libérer, la chasse aux contre-révolutionnaires bat toujours son plein, même au sein des cadres du parti puisque la paranoïa est de mise comme dans toutes les dictatures. Pris entre les feux de ces deux forces antagonistes, Nekh, rescapé des camps de rééducation, n’a d’autre choix que de fuir vers la Thaïlande, et de regagner, comme des milliers d’autres, les camps de réfugiés qui longent la frontière. Hélas, ces derniers constituent un enjeu stratégique et économique, d’autres servent de bouclier humain aux Khmers rouges également réfugiés en Thaïlande. Anciens bourreaux et victimes s’y côtoient. Les humiliations et les sévices se poursuivent tandis que l’histoire semble vouloir se répéter au point qu’il est difficile pour Nekh et la belle Chantrea, rencontrée sur les routes, de comprendre le sens du présent. Confrontés à un tel chaos, peuvent-ils croire en une reconstruction de leur pays?
Le scénario, peu bavard, est évidemment très noir mais aussi très poignant. L’album intègre des lettres, un article de Lartéguy, mais aussi quelques photos d’archives. Le dessin, qui mêle horreur et poésie, est sublime, vraiment, notamment sur les planches pleine page.

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4 commentaires

  1. Il faut que je découvre ce titre. J’avais été très marquée par ma lecture de « L’eau et la terre » du même auteur. Merci pour cet article et ce conseil de lecture 😉

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