discussion « Lulu femme nue », Etienne Davodeau, Futuropolis, édition de 2014


LULU

L’album s’ouvre sur une soirée automnale. Lulu, une quadragénaire généralement sans surprise est au centre de toutes les conversations. Que lui est-il arrivé???
Partie pour un entretien d’embauche après une longue interruption pour élever ses enfants, Lulu n’y croit plus trop. Dans sa plate existence, il ne se passe jamais rien. Il est pourtant difficilement supportable de se sentir comme une « extension de la gazinière » au fil des années. Sur un coup de tête, elle décide de ne pas rentrer chez elle. C’est comme une envie subite, de l’ordre de la pulsion. Elle rentre dans le premier hôtel venu, réserve une chambre et rencontre Solange, une avenante VRP en produits pharmaceutiques, qui va avoir une influence déterminante sur les semaines suivantes.
Le lendemain, elle décide de prolonger cette vacance sur la côte, seule. « Quelque chose s’ouvre en elle ». Cette envie subite prend alors des allures d’escapade, au grand dam de ses amis, de ses enfants et de son époux Tanguy, un être assez rustre.
Au cours de son errance, fauchée comme les blés, elle savoure cette liberté inespérée et se défait de ses chaines comme autant d’oripeaux. Elle se dénude jusqu’à se retrouver, après de longues années d’oubli d’elle-même. Elle savoure les longues marches sur le sable et le cri des mouettes, grelotte la nuit sur un banc, réapprend des plaisirs simples. Elle ose à nouveau, comme si elle sortait de sa chrysalide.
Son cheminement, tout autant psychologique que géographique, est l’occasion de trois rencontres importantes. Avec Charles, elle redécouvre le sens des verbes sourire et rire. « On est à deux doigts du roman photo! ». Aux côtés de Marthe, « une insulte vivante aux règles élémentaires de la diététique », elle apprend à parler d’elle et à s’affirmer. Virginie achève de l’aider, malgré elle, dans cette renaissance.
Le dessin est doux, paisible, comme l’est cette quête inattendue. Le scénario, fort bien ficelé, est empreint d’une grande sensiblité. Les personnages, très contrastés, sont attachants, tous autant qu’ils sont. Le choix de la multiplication des points de vue subjectifs, les dote d’une épaisseur psychologique intéressante.
J’ai beaucoup aimé cette histoire de femme qui part à la reconquête d’elle-même sans aucune préméditation, ainsi que le lien qui se tisse entre ces différentes générations de femmes, et l’idée d’un relais qui passerait de l’une à l’autre.

21 commentaires

  1. Un vrai coup de cœur ce diptyque ! Le temps a beau passer, je continue à garder un excellent souvenir de ma lecture. Je n’ai pas vu l’adaptation qui a été faite à l’écran, j’appréhende d’y voir une autre Lulu que celle qui est décrite par Etienne Davodeau

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    • Le hasard a voulu que je puisse visionné le film dimanche soir. S’il n’est pas inintéressant, j’ai été très déçue par cette adaptation qui dénature un peu le personnage de Lulu en effet. Je n’y ai pas retrouvé complètement l’atmosphère si particulière de cette BD.

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