discussion Atelier de Leil (27): La philosophie de la corde à linge


Le lundi tout est permis ou presque chez Leil du blog Bricabook: la photo est imposée, à chacun ensuite de donner libre cours à son inspiration.

Voici le cliché de cette semaine, une photo très originale de Julien Ribot.

Leil27

Vous avouerez quand même que l’enjeu était de taille….!

La philosophie de la corde à linge

– Non mais mon vieux cesse de larmoyer plus fort que la pluie! Tu trouves qu’on n’a pas assez d’eau ces derniers temps? Ta Katy t’a quitté, elle t’a laissé choir comme une chaussette sale et sans elle tu n’as plus de raison de vivre??? J’ai bien compris? Avant elle, ce fut Ginette, encore avant Lisa, Sophie, Gilberte…Tu veux un kleenex? … Ecoute, je crois qu’il est temps de te poser les bonnes questions, Gus. Demande toi ce que tu fais pour les retenir Bon Dieu! Et surtout ce que tu ne fais pas. Non parce que tu vois, là, on dirait une collection de mauvais trophées. Chaque fois que tu reviens de la chasse et que tu ramènes ta proie, c’est toujours la même histoire! Tu l’accroches au tableau et tu penses qu’elle va s’y plaire! T’imagines qu’elle va rester là, aussi immobile et dénuée de désirs que cette immonde tête de cerf empaillée qui trône au dessus de ta cheminée. Rien que ça d’ailleurs, suffit à les faire fuir! Et je ne te parle pas des fois où tu vends la peau de l’ours avant de l’avoir tué… mais oui, mon vieux, une femme c’est un bijou, une rose, pas le mammouth que t’exhibe devant les copains de la meute pour mieux le laisser faisander ensuite…
Moi aussi plus jeune, j’aimais bien les épingler sur les murs de mes nuits. J’aurais pu organiser une expo photos. Je ne dis pas que je n’ai jamais donné dans la muflerie. C’est vrai, je me souviens de nos années folles et de l’époque où nous les notions pour nous échanger les bons plans. Tu te rappelles, c’était Juliette la meilleure…Enfin, il faut murir Gus. J’ai beaucoup batifolé, moi aussi, et j’ai morflé. Oui, oui, je l’avoue, j’ai pleurniché plus fort que la pluie aussi. Mais sur le tissu de mes amours incertaines et immatures, au fil des années, j’ai construis ma petite idée là-dessus. Ben oui, mon gars. J’appelle cela la philosophie de la corde à linge. Quand j’ai rencontré Marie, je me sentais constamment sur le fil du rasoir. La fleur était trop belle pour moi. Chaque fois que je la respirais de près, je me sentais con au parfum de son intelligence. Quoi? Tu ne comprends rien à ce que je raconte? Mais Gus, c’est une métaphore, une image quoi! L’angoisse me tenaillait à chaque rendez-vous. Comme un funambule, je marchais sur la pointe des pieds la peur au ventre. A tout moment, le moindre faux pas pouvait être fatal. On aurait dit un pantin, un mauvais fil-de-fériste plombé par sa balourdise. Je la regardais avec des yeux mi-chien-battu-mi-merlan-frit quand elle me jouait les danseuses de corde avec une grâce folle. Je ne comprenais rien à ses sourires, ses mimiques, ses sous-entendus et ses soupirs. C’était cousu de fil blanc, j’allais droit dans le mur. Crois moi, j’ai souvent pensé à l’accrocher à l’étendoir avec deux bonnes épingles à linge histoire qu’elle ne m’échappe pas …mais ce n’était pas la bonne technique pour qu’elle en pince pour moi. Alors j’ai réfléchi. C’est quoi ton sourire narquois là, si si j’ai bien vu, tu as souri, en coin même… J’ai réfléchi et je me suis rendu à la librairie, j’ai demandé à la vendeuse un mode d’emploi. Tiens regarde « Les femmes viennent de Vénus, les hommes de Mars ». Une mine mon pote! Figure-toi que les femmes sont expertes en IMPLICITE. Elles ne demandent pas, elles suggèrent, elles te disent qu’elles ont vu une jolie bague, ou que la poubelle est pleine. Toi tu dois comprendre que c’est peut-être bientôt leur anniversaire, ou que tu serais sympa de sortir le sac. Et quand elles t’expliquent plusieurs soirs de suite qu’elles ont la migraine, c’est parce que cela fait des mois que tu oublies la poubelle ou que tes chaussettes trainent au milieu du salon. Et là, on arrive au second point fondamental, le linge Gus!!! Les tâches ménagères….Marie milite contre les représentations sexuées des tâches… mais arrête de ricaner bêtement, je te jure, tu es lourd! Toi, tu rentres le soir au bercail, en vrai chasseur préhistorique: tu fiches les pieds sous la table, tu ne lèves jamais le petit doigt et tu trouves encore le moyen de trouver que cela manque de sel. Mais tu vois, les femmes, Gus, elles ne nous sont pas livrées avec le fer à repasser…ce n’est pas un pack…et pour Noel tu ne leur offres pas non plus la cuvette, le panier à linge et la guirlande de pinces. Pas de papier cadeau moulinex à la fête des mères non plus. Sinon c’est la guerre mon vieux…la guerre des sexes! La soupe à la grimace d’abord, puis l’auberge du cul tourné. L’amour se démaille à trop tirer sur la corde. Elle finit par se rompre. Non, je t’assure, si tu veux que ton couple soit aussi solide qu’un toron, si tu veux que vos corps enchevêtrés ne se dénouent jamais, lis ce bouquin, offre lui des roses et des métaphores, entends « ses non-dits » range tes chaussettes et tes caleçons, sors la poubelle et étends le linge !!!

24 commentaires

  1. Ah voilà ! Les choses sont dites ! Ça fait du bien hein? Je te trouve très inspirée avec ton texte ! Il est vraiment bien 🙂 Merci d’avoir lavé le linge en famille !!! 🙂

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  2. Que de belles métaphores, qu’il est bon et drôle de lire à quel point vous vous amusez avec les mots ! et le portrait du chasseur….brossé comme je l’aime ! bravo

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