« Médée, Tome 2 Le couteau dans la plaie », Nancy Pena et Blandine Le Callet, Casterman 2015


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Médée, toujours égarée sur cette île perdue, remue de nouveau ses souvenirs et œuvre à sa réhabilitation, forte de cette pensée: « on peut naître plusieurs fois et mourir tout autant ». Elle se dépare de ses loques noires, le temps d’une plongée dans le passé… au temps où son père, Aietès, ne supportait aucune limite à ses désirs, inconscient de son hybris, et où elle aspirait, plus ou moins consciemment, à lui échapper.

Ce matin-là, le réveil est tonitruant: un bateau approche les côtes de Colchide. Aietès est doublement furieux: ce navire pénètre dans ses eaux territoriales et le condamne à n’être finalement pas le premier à savoir naviguer. C’est le branle-bas pour les uns, une curieuse excitation pour Médée, devenue une bien jolie jeune fille. La colère intérieure du roi redouble encore lorsqu’il découvre que l’embarcation compte à son bord ses petits-fils dont il se croyait débarrassé. Par quel stratagème ont-ils pu échapper à une mort certaine?

Médée, elle, s’intéresse surtout à leur compagnon de voyage, le beau et ténébreux Jason.

« J’ai été subjuguée; et j’ai imaginé qu’il saurait m’aider. »

Les auteurs nous plongent alors au cœur de la légende de Jason et des Argonautes, affreuse ironie du sort…ou des dieux.

Pour récupérer ses droits confisqués par Pilias, Jason n’a d’autre solution que de ramener en Grèce la fameuse toison d’or. Sûr de lui, et de sa faiblesse, Aietès impose une épreuve au jeune héros, tandis qu’Argos, puis Calcioppé, sollicitent l’aide de Médée et de ses talents hérités d’Hécate.

« Toi aussi, il te broieras si tu ne fais rien pour l’arrêter »

C’est donc l’heure des dilemmes, des choix graves que les beaux yeux de Jason peuvent précipiter. Aietès, de son côté, persiste dans son aveuglement et refuse de lire les signes, d’interpréter les avertissements et les volontés des dieux.

Le dessin, toujours aussi superbe, tant dans le graphisme, les couleurs que la précision des détails, rend hommage à la féminité et renchérit à merveille l’idée d’un éveil, d’une métamorphose du personnage de Médée. Le scénario de ce second opus est beaucoup plus dense que le premier, encore plus captivant, sans doute parce qu’il se consacre au temps de l’affirmation de soi. L’album est placé sous le sceau d’un étrange entre-deux, particulièrement bien traduit par le dessin, figuré tant par un épais brouillard, des fumées que par une végétation dense. A l’image d’une chrysalide dont il faudrait se défaire, Médée doit s’en dépêtrer pour se muer en héroïne.

Mon seul regret est de devoir attendre la parution du prochain tome.

7 commentaires

  1. Tu es encore plus emballée par le deuxième tome, tant mieux ça prouve que l’auteur maîtrise bien le sujet.Parfois les suites sont décevantes. La couverture est très belle là aussi.

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