discussion « Et Picasso peint Guernica », Alain Serres, Edit° Rue du Monde, 2013


ETpicasso

Ouvrir un ouvrage de cette maison d’édition est toujours la promesse d’un régal, tant la conception graphique est soignée. Dans celui-ci, Alain Serres que l’on ne présente plus, s’intéresse au grand maître Picasso, et plus particulièrement à la réalisation de sa toile la plus connue, Guernica, qui rejoindra le Musée d’Art Moderne de New York en 1939 à bord du transatlantique Normandie, avant de gagner l’Espagne en 1981. Le texte, superbement émaillé de photographies et de reproductions, retrace brièvement l’existence du peintre, fils d’un professeur aux Beaux-Arts, peintre lui même, qui lui léguera à l’adolescence ses pinceaux, ses couleurs et sa dernière palette. Il ignore alors la liberté que Pablo leur offrira!

« Avec lui, un dessin doit exactement ressembler au modèle »

Alain Serres prend également soin de brosser le contexte, le tournant du XX° et le passage à des horizons nouveaux.

On suit Pablo à Paris, au temps des périodes rose et bleue, de « l’Enfant au Pigeon » et des saltimbanques, avant qu’il ne s’ouvre à d’autres manières de regarder, « de tout voir dans une émotion éclatée plus vraie que la réalité ». Dans un Paris bouillonnant d’idées, l’effervescence de Picasso, qui n’est pas encore Picasso, le conduit au cubisme et aux Demoiselles d’Avignon (1907).

« La tornade Picasso gonfle ce vent nouveau. »

Alors qu’il expérimente les collages, son nom se colle à de nombreuses lèvres, l’artiste se fait un nom. Mais voilà qu’en 36, le 18 juillet pour être précise, la guerre d’Espagne vient rompre cette vie relativement sereine. Franco est lancé à la conquête de l’Espagne qui s’apprête à connaître 40 longues années de dictature. A cela s’ajoutent l’aide d’Hitler et de Mussolini, l’extension européenne de cette guerre civile, et le bombardement de cette petite cité basque, Guernica: « 3 heures et 15 minutes d’horreur, 50 tonnes de bombes, 3000 engins incendiaires. » Pour la première fois de l’histoire, la cible n’est pas militaire mais civile. C’est Aragon qui le lui apprend, à travers un article publié dans « Ce soir », le quotidien qu’il a créé quelques mois auparavant.

Le texte, illustré par des documents d’époque, retrace brièvement mais efficacement cet épisode douloureux.

Picasso réagit immédiatement, avec ses moyens, ses pinceaux et ses couleurs, qu’il abandonnera aussitôt pour le noir et blanc, plus appropriés pour dessiner son émotion et surtout la colère. Pour expliquer Guernica, l’auteur évoque aussi les dessins du peintre contre Franco, la filiation du minotaure, les tableaux de Goya…

« Comment traduire la douleur des chairs et de l’esprit avec du noir et blanc? » « Comment faire pour qu’une image soit plus forte que le souffle de 50 tonnes de bombes? »

Le peintre multiplie les études jusqu’à l’idée de l’immense fresque…qu’il faut envisager dans son ensemble mais aussi dans ses détails. Alain Serres s’y emploie et nous livre des interprétations empreintes d’une poésie stimulante. Il faut dire que ce tableau, dont on trouve une grande reproduction en dépliant le centre du livre, en sus de ses détails et des mouvements, renferme aussi des bruits, des chocs, des cris…

 

Après 35 jours et autant de nuits, la toile est achevée et l’artiste peut retrouver les couleurs, même si le monde est au plus mal…et que les autorités allemandes considèrent sa peinture comme « dégénérée ».

Encore une fois, Alain nous offre un album superbe, bien documenté, qui ravira petits et grands.

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